Journal of Applied Biosciences 218: 24180 – 24190
ISSN 1997-5902
Analyse technico-économique des unités de production laitière à vaches Montbéliardes en zone semi-aride et subhumide au Cameroun
Yakouba BLAMA1*, Aristide HASSAN1, Aboubakar ARAMA2, Roland ZIEBE1
1.Université de Maroua, Ecole Nationale Supérieure Polytechnique de Maroua, Département d’Agriculture, Elevage et Produits Dérivés, BP 46, Maroua, Cameroun
- Ministère de l’Elevage, des Pêches et des Industries Animales, Délégation Régionale de l’Extrême-Nord, Maroua, Cameroun.
* Auteur correspondant ; Email : blama_yakouba@yahoo.com ; Tel : (+237) 694197938
Submitted 03/02/2026, Published online on 31/03/2026 in the https://www.m.elewa.org/journals/journal-of-applied-biosciences-about-jab/ https://doi.org/10.35759/JABs.218.5
RESUME
Objectif : Cette étude visait à évaluer les performances technico-économiques des unités de production laitière à vaches Montbéliardes en zones semi-aride et subhumide du Cameroun.
Méthodologie et Résultats: Elle s’est déroulée en deux phases : une enquête auprès de 63 fermes et un suivi de production laitière dans 9 exploitations (4 en zone subhumide, 5 en zone semi-aride). Les données sur les pratiques d’élevage, l’alimentation, la production et la commercialisation du lait, ainsi que les charges, ont été analysées avec SPSS 20 et Excel, et le test du Khi-deux a permis de détecter les différences significatives. Les résultats montrent que 67 % des producteurs utilisent des rations formulées et 89 % pratiquent la culture fourragère. Sur 12 mois, cinq unités ont produit 49 150 L de lait cru, avec une production journalière maximale moyenne par vache significativement plus élevée en zone subhumide (18,25 ± 2,99 L) qu’en zone semi-aride (12,58 ± 3,01 L).
Conclusion et application des résultats : Malgré ces performances, les pratiques actuelles ne garantissent pas la viabilité économique des exploitations, l’alimentation seule ne suffisant pas à assurer la rentabilité. La reproduction des vaches Montbéliardes reste un défi, principalement en raison du manque d’inséminateurs qualifiés, surtout en zone semi-aride. Un accompagnement technique renforcé, incluant le suivi des producteurs, la clarification des objectifs économiques et la formation des acteurs de l’IA, est indispensable pour faire de la filière laitière un levier de développement économique et social au Cameroun.
Mots clés: Montbéliarde, Production laitière, Performance technico-économique, Alimentation animale, Gestion de la reproduction
Techno-economic analysis of Montbéliarde dairy production units in semi-arid and sub-humid zones of Cameroon
ABSTRACT
Objective: This study aimed to evaluate the techno-economic performance of dairy farms using Montbéliarde cows in the semi-arid and sub-humid zones of Cameroon.
Methodology and Results: It was conducted in two phases: a survey of 63 farms and a milk production monitoring in 9 farms (4 in the sub-humid zone and 5 in the semi-arid zone). Data on farming practices, feeding, milk production and marketing, as well as associated costs, were analyzed using SPSS 20 and Excel, and the Chi-square test was applied to detect significant differences. The results showed that 67% of producers used formulated rations and 89% practiced forage cultivation. Over 12 months, five farms produced a total of 49,150 L of raw milk, with the average maximum daily milk yield per cow significantly higher in the sub-humid zone (18.25 ± 2.99 L) than in the semi-arid zone (12.58 ± 3.01 L).
Conclusion and Application of Results: Despite these zootechnical performances, current practices do not ensure the economic viability of the farms, as feeding alone is insufficient to guarantee profitability. Reproduction management of Montbéliarde cows remains a major challenge, mainly due to the lack of qualified inseminators, particularly in the semi-arid zone. Enhanced technical support, including farmer follow-up, clarification of economic objectives, and training of artificial insemination personnel, is essential to make the dairy sector a driver of economic and social development in Cameroon.
Keywords: Montbéliarde, Dairy production, Techno-economic performance, Animal feeding, Reproduction management
INTRODUCTION
La filière laitière constitue un secteur stratégique pour la sécurité alimentaire, la création d’emplois et la réduction de la pauvreté en Afrique subsaharienne. Au Cameroun, la demande nationale en lait et produits laitiers est en forte croissance sous l’effet de l’urbanisation et de l’augmentation démographique, alors que la production locale demeure insuffisante, entraînant une dépendance accrue aux importations de poudre de lait. Dans ce contexte, les pouvoirs publics et les partenaires techniques ont encouragé l’introduction de 493 génisses Montbéliardes en décembre 2022 à travers le projet de développement de l’élevage (PRODEL). Ces génisses ont été distribuées aux bénéficiaires des plans d’affaires sélectionnés de manière compétitive. Cependant, l’introduction de races exotiques ou améliorées dans des environnements contraignants tels que les zones semi-arides et subhumides du Cameroun pose d’importants défis techniques, économiques et organisationnels. Ces zones sont marquées par une forte variabilité climatique, une disponibilité irrégulière des ressources fourragères, des coûts élevés d’alimentation, ainsi qu’un accès limité aux services vétérinaires et à l’insémination artificielle (Thornton et al., 2015 ; Herrero et al., 2018). Plusieurs études ont montré que les performances zootechniques élevées observées chez les races laitières améliorées ne se traduisent pas toujours par une rentabilité économique durable lorsque les systèmes de production ne sont pas suffisamment maîtrisés (Makkar et al., 2014 ; Udo et al., 2011). Au Cameroun, les travaux existants sur la production laitière portent principalement sur les systèmes traditionnels ou sur les performances techniques des races locales et croisées, tandis que les analyses intégrées combinant performances techniques et viabilité économique des unités utilisant la race Montbéliarde restent rares, voire inexistantes. De plus, peu d’études comparent ces performances entre différentes zones agroécologiques. Dès lors, la problématique centrale de cette étude était de savoir dans quelle mesure les pratiques techniques et les conditions économiques actuelles permettent-elles d’assurer la viabilité et la durabilité des unités de production laitière à vaches Montbéliardes en zones semi-aride et subhumide au Cameroun ?
Dans le but d’apporter des éléments de réponse à cette problématique, cette étude s’était fixée pour objectif général de faire une analyse technico-économique des fermes laitières utilisant les vaches Montbéliardes en zones semi-aride et subhumide au Cameroun.
MATERIEL ET METHODES
Zone d’étude : L’étude s’est déroulée dans les zones semi-aride et subhumide du Cameroun (Figure 1). Il s’agit des zones où l’on rencontre des fermes laitières ayant bénéficié des vaches Montbéliardes. Ces deux zones ont reçu 400 génisses Montbéliardes réparties entre 63 fermes.
Méthode
Description des pratiques mises en œuvre par les producteurs: Une fiche d’enquête a été élaborée pour collecter les données auprès des 63 fermes ayant reçues les génisses Montbéliardes. Les données portaient sur les pratiques d’élevage des vaches montbéliardes à savoir : expérience dans la production laitière, formulation alimentaire, pratique de la culture fourragère, connaissance valeur nutritive des ingrédients alimentaires utilisés, distribution aliment de lest. Lors de la phase des enquêtes, 09 chefs d’exploitation dont 5 en zone semi-aride et 4 en zone subhumide ont accepté un suivi rapproché de leur ferme. Ces fermes étaient en production au moment de l’enquête et avaient tenus des registres de suivi des fermes
Evaluation des performances de production laitière : Une autre fiche de suivi a donc été élaborée pour collecter les données sur les performances des vaches (production laitière journalière, durée de lactation et production totale du lait).
Indicateurs de rentabilité :La fiche de suivi a permis également de collecter les données économiques à savoir : les dépenses, le chiffre d’affaires (CA), et la marge brute (MB) (Tableau 1). Le bilan économique a été établi par la comparaison entre d’une part les charges représentées par le coût de l’alimentation, des produits vétérinaires, le transport, l’énergie et l’IA ; et d’autre part, les recettes résultant de la vente du lait et des produits laitiers. Les autres dépenses prises en compte sont celles afférentes aux amortissements et à la main d’œuvre.
Analyse statistique : Les données obtenues de l’enquête ont été traitées et analysées par les logiciels SPSS et Excel. Le tes de khi-deux a permis de ressortir les différences significatives entre certaines variables.
Figure 1. Localisation de la zone d’étude
Tableau 1. Indicateurs de rentabilité
| Indicateurs | Explication | Formule | Légende |
| Marge bénéficiaire brute (MB) | Correspond à la différence entre le prix de vente du lait et la valeur des charges variables. | MB = VP – VCV | VP = Valeur des produits
VCV = Valeur des charges variables VCT = Valeur des charges totales |
| Marge bénéficiaire nette (MN) | Correspond à la différence entre le prix de vente du lait et toutes les dépenses engagées. | MN = VP – VCT | |
| Productivité du capital (PC) | Etablie la relation entre la production et le capital qui a permis cette production. En d’autres termes, elle exprime ce que rapporte au producteur une unité de franc investi. | PC = VP / VCT
|
RESULTATS
Description des pratiques d’élevage mise en œuvre par les producteurs : Le Tableau 2 présente les pratiques des producteurs exploitant les vaches Montbéliardes. Parmi eux, 44 % disposent de plus de 10 ans d’expérience en production laitière, un atout pour la gestion des fermes, l’acquisition des intrants et la commercialisation du lait. Sur le plan alimentaire, 67 % utilisent une ration formulée. L’aliment de base, majoritairement du foin en zone subhumide et de la coque de coton en zone semi-aride, est distribué à volonté par 11 % des producteurs et trois fois par jour par 67 %, tandis que 11 % ne le donnent qu’une fois par jour, ce qui peut limiter le potentiel laitier. Le complément alimentaire est distribué deux fois par jour par 78 % des producteurs et une fois par jour par 22 %. La traite est faite manuellement par 67% des producteur contre 33% qui utilisent une trayeuse mécanique. Il est connu que chez les vaches à haut potentiel la traite manuelle ne permet pas d’optimiser la production laitière. La commercialisation du lait se fait à travers les contrats de vent et les ventes libres. 89% des producteurs écoulent leur produit à travers un contrat de vente formalisé avec une unité de transformation de lait.
Tableau 2 :Pratiques mise en œuvre
| Variables | Modalités | Proportion (%) |
| Expérience dans la production laitière | Inférieur à 5 ans | 22 |
| 5 à 10 ans | 33 | |
| Supérieur à 10 ans | 44 | |
| Formulation alimentaire | Oui | 67 |
| Non | 33 | |
| Pratique de la culture fourragère | Oui | 89 |
| Non | 11 | |
| Connaissance valeur nutritive des ingrédients alimentaires utilisés | Oui | 33 |
| Non | 67 | |
| Distribution aliment de lest | A volonté | 11 |
| 3 fois/jour | 67 | |
| 2 fois/jour | 11 | |
| 1 fois/jour | 11 | |
| Distribution complément alimentaire | A volonté | 0 |
| 3 fois/jour | 0 | |
| 2 fois/jour | 78 | |
| 1 fois/jour | 22 | |
| Pratique de l’insémination artificielle | Oui | 67 |
| Non | 33 | |
| Traite | Manuelle | 67 |
| Mécanique | 33 | |
| Mode de vente | Contractuel | 89 |
| Non contractuel | 11 | |
| Lieu d’écoulement du lait | Unité de transformation | 22 |
| Marché local | 22 | |
| Unité de transformation/Marché local | 56 |
Evaluation des performances de la production laitière
Performances laitières : Le Tableau 3 présente certains indicateurs de performance laitière. La production quotidienne maximale a varié significativement (p < 0,05) entre zones, avec des moyennes de 18,25 ± 2,99 L/vache/jour en zone subhumide et 12,58 ± 3,01 L/vache/jour en zone semi-aride. Cette différence pourrait s’expliquer par les conditions biophysiques, la disponibilité des ressources fourragères et l’expérience des éleveurs. La durée de lactation par vache a varié en moyenne de 465 ± 69,26 à 427,5 ± 126,57 respectivement en zone subhumide et en zone semi-aride sans différence significative. Cette longue durée s’explique par les retards de fécondation ainsi que les problèmes de santé (mammites, boiteries).
Tableau 3 :Performances de production laitière
| Caractéristiques/Zone | Subhumide | Semi-aride | P-Value |
| Production laitière maximale | 18,25 ± 2,99a | 12,58 ± 3,01b | 0,0001 |
| Durée de lactation | 465 ± 69,26a | 427,5 ± 126,57a | 0,21 |
| Durée de tarissement | 141,21 ± 78,23a | 101,25 ± 51,23a | 0,16 |
| Numéro de lactation | 1,37 ± 0,48a | 1,38 ± 0,50a | 0,98 |
Performances de reproduction : En élevage laitier, la reproduction, aux côtés de l’alimentation et de la santé animale, est un facteur clé de durabilité (Tableau 4). Elle conditionne la régularité de la production laitière et le renouvellement du troupeau en génisses. La détection des chaleurs est assurée par les bouviers et les techniciens. Les résultats indiquent que l’intervalle vêlage‑première insémination varie de 158,27 ± 37,36 jours en zone subhumide à 161,25 ± 30,74 jours en zone semi-aride. Ce retard s’explique par une mise à la reproduction tardive, une alimentation insuffisante limitant l’état corporel optimal, des difficultés de détection des chaleurs et l’indisponibilité d’inséminateurs qualifiés. L’IV-IF est trop long, soit 337,75 ± 112,81 et 288,75 ± 88,91 jours respectivement en zones subhumide et semi-aride. Cette infécondité se traduit en premier lieu et en second lieu, par les différents problèmes de conduite tels que la détection des chaleurs, le choix du moment de l’insémination, l’indisponibilité de l’inséminateur qualifié et certains problèmes pathologiques. L’intervalle entre vêlages (IV) était long et a varié en moyenne de 607,75 ± 112,81 à 558,75 ± 88,91 jours soit 20,25 ± 3,76 à 18,62 ± 2,96 mois respectivement en zones subhumide et semi-aride.
Tableau 4. Performance de reproduction
| Variables/Zones | Subhumide | Semi-aride | P-Value |
| IV-IA1 | 158,27 ± 37,36a | 161,25 ± 30,74a | 0,83 |
| IV-IF | 337,75 ± 112,81a | 288,75 ± 88,91a | 0,24 |
| IIV | 607,75 ± 112,81a | 558,75 ± 88,91a | 0,24 |
| Nombre IA réalisée | 3,31 ± 1,34a | 2,50 ± 0,73a | 0,10 |
| Nombre Veaux décédés | 0,22 ± 0,41a | 0,38 ± 0,50a | 0,35 |
Légende : IV-IA1 : intervalle vêlage – première insémination ; IV-IF : intervalle vêlage – insémination fécondante ; IIV : intervalle inter vêlage.
Analyse économique : Le Tableau 5 présente certains soldes intermédiaires de gestion. Le prix du litre de lait varie de 350 à 500 FCFA selon la zone et la saison, avec des prix plus bas en saison pluvieuse et plus élevés en saison sèche. Le coût annuel de l’alimentation variait selon les zones, le cheptel et le niveau de production, allant en moyenne de 2 103 788 FCFA en zone semi-aride à 12 997 337,5 FCFA en zone subhumide (soit 2 800 à 3 200 FCFA par vache). Ces différences s’expliquent par la faible disponibilité d’intrants (céréales, sous-produits agro-industriels, concentrés), le nombre d’animaux à nourrir et la difficulté à produire du fourrage en zone semi-aride, obligeant les éleveurs à acheter des aliments complémentaires. Les dépenses annuelles liées à la santé animale et à l’insémination artificielle (IA) variaient en moyenne de 324 140 à 725 000 FCFA pour la santé et de 108 000 à 667 500 FCFA pour l’IA, soit respectivement 200 000–220 000 FCFA et 55 000–75 000 FCFA par vache en zones semi-aride et subhumide. Ces coûts dépendaient de la zone, de l’exploitation, de la prévalence des pathologies et de la qualité des soins (vétérinaire ou automédication). Le Tableau 5 montre que la marge brute (MB) des exploitations de la zone subhumide (6 819 009 FCFA) est significativement plus élevée que celle des exploitations de la zone semi-aride (248 155 FCFA). Cette différence s’explique par un prix du lait plus élevé et des dépenses en intrants moins contraignantes en zone subhumide. Une tendance similaire est observée pour la productivité du capital et la capacité d’autofinancement.
Tableau 5. Variation des soldes intermédiaires de gestion
| Zones | Semi-aride | Subhumide | |||||||||
| Ferme | Ferme | ||||||||||
| 1. Coûts variables | I | II | III | IV | V | Moyenne | I | II | III | IV | Moyenne |
| 1.1. Alimentation | 1238440 | 1601000 | 2102000 | 1870800 | 3706700 | 2103788 | 19230900 | 8323000 | 10893800 | 13541650 | 12997337 |
| 1.2. Produits vétérinaires | 296650 | 250000 | 450000 | 113250 | 510800 | 324140 | 850000 | 350000 | 550000 | 1150000 | 725000 |
| 1.3. IA | 180000 | 180000 | 180000 | 0 | 0 | 108000 | 1090000 | 150000 | 0 | 1430000 | 667500 |
| 1.4. Transport & énergie | 230050 | 230000 | 90000 | 221600 | 150000 | 184330 | 355000 | 240000 | 340000 | 580000 | 378750 |
| Total coûts variables (FCFA) | 1945140 | 2261000 | 2822000 | 2205650 | 4367500 | 2720258 | 21525900 | 9063000 | 11783800 | 16701650 | 14768587 |
| 2. Coûts fixes | |||||||||||
| 2.1. Amortissement étable | 500000 | 490000 | 500000 | 300000 | 400000 | 438000 | 2600000 | 1100000 | 2136000 | 1900000 | 1934000 |
| 2.2. Salaire personnel | 1101325 | 410000 | 1005000 | 0 | 1130000 | 729265 | 1360000 | 1045000 | 5069600 | 2210000 | 2421150 |
| Total coût fixes (FCFA) | 800662,5 | 450000 | 752500 | 150000 | 765000 | 583632,5 | 1980000 | 1072500 | 3602800 | 2055000 | 2177575 |
| Charges totales (FCFA) | 4347127,5 | 3611000 | 5079500 | 2655650 | 6662500 | 4471155,5 | 27465900 | 12280500 | 22592200 | 22866650 | 21301312 |
| Vente du lait (FCFA) | 4357900 | 3611900 | 3160240 | 2784350 | 927675 | 2968413 | 28118545 | 12830300 | 22182800 | 23218740 | 21587596 |
| Marge brute globale (FCFA) | 2412760 | 1350900 | 338240 | 578700 | -3439825 | 248155 | 6592645 | 3767300 | 10399000 | 6517090 | 6819008 |
| Marge nette globale (FCFA) | 10772,5 | 900 | -1919260 | 128700 | -5734825 | -1502742,5 | 652645 | 549800 | -409400 | 352090 | 286283 |
| Productivité du capital ou Ratio avantage / Coût | 1,00 | 1,00 | 0,62 | 1,05 | 0,14 | 0,66 | 1,02 | 1,04 | 0,98 | 1,01 | 1,01 |
| Capacité d’Autofinancement | -789890 | -449100 | -2671760 | -21300 | -6499825 | -2086375 | -1327355 | -522700 | -4012200 | -1702910 | -1891291 |
DISCUSSION
Description des pratiques d’élevage mise en œuvre par les producteurs : L’adoption des bonnes pratiques d’élevage laitier influence fortement la productivité et la rentabilité des exploitations. La formulation de la ration alimentaire constitue un élément clé : 33 % des producteurs de la zone d’étude ne disposent pas d’une formule adaptée, ce qui limite la production laitière. Selon Ferrard et al. (2013) et Belagoun et Norelhouda (2021), l’équilibre des rations et la stratégie de distribution des aliments, notamment la combinaison de fourrages et de concentrés, améliorent significativement la production. En matière de traite, 67 % des producteurs utilisent la méthode manuelle. Bien que traditionnelle et économique pour de petits troupeaux ou des races locales, la traite manuelle est moins adaptée aux vaches à haut potentiel, comme les Montbéliardes. Elle limite la quantité de lait extraite, augmente le risque de fatigue pour le bouvier et de transmission de maladies telles que mammites et tuberculose. La traite optimale des races améliorées nécessite un temps limité à environ 120 secondes par vache, condition difficile à respecter avec la traite manuelle, ce qui impacte la production laitière et la rentabilité des unités.
Evaluation de la performance de production laitière : Plusieurs facteurs influencent la production laitière en zones subhumide et semi-aride du Cameroun, notamment la disponibilité et le coût des aliments, le climat et la conduite d’élevage, qui agissent sur le pic et la persistance de la lactation (Ghozlane et al., 1998). Dans cette étude, la production n’est pas régulière au cours du cycle de lactation, le pic se situant généralement de juillet à novembre, période de températures modérées et de fourrage vert abondant. Les courbes de lactation et l’écart entre haute et basse lactation varient cependant d’une exploitation à l’autre, reflétant des différences en alimentation, état sanitaire et conduite d’élevage. La comparaison avec la littérature montre que la production maximale en zone subhumide (≈19 kg/jour) est similaire à celle observée par Boujenane et Maty (1996) en Algérie, mais la durée de lactation diffère selon les études (Taoufik et Mouffok, 2008 ; Garba et al., 2014). La gestion de la reproduction apparaît comme un facteur limitant majeur. L’intervalle entre deux inséminations dépasse 150 jours, et l’intervalle vêlage‑insémination fécondante excède 250 jours, loin des références optimales (Gbangboche et Alkoiret, 2011), compromettant l’objectif économique d’un vêlage par vache et par an. L’intervalle inter-vêlage moyen observé (607,75 ± 112,81 jours en zone subhumide et 558,75 ± 88,91 jours en zone semi-aride) se traduit par une production de seulement 0,59 et 0,64 veau par an et par vache, soit une perte de 0,41 à 0,36 veau par an comparé à l’objectif optimal de 1 veau/an. Selon Ghozlane et al. (1998), cet allongement, appelé “maladie de production”, résulte de facteurs liés à la vache, à l’alimentation et à la gestion reproductive, entraînant des pertes économiques importantes.
Analyse économique : Le prix du litre de lait varie de 350 à 500 FCFA en fonction de la zone et de la saison de production. Ces résultats sont similaires à ceux de Gbangboche et Alkoiret (2011) obtenus au Sénégal qui ont montré que le prix du lait cru variait en fonction de la zone et de la saison.
CONCLUSION ET APPLICATION DES RESULTATS
Cette étude a permis d’analyser les performances technico-économiques des unités de production laitière utilisant les vaches Montbéliardes dans les zones semi-aride et subhumide du Cameroun. Les résultats montrent que, bien que les performances zootechniques observées soient globalement satisfaisantes, avec une production laitière significativement plus élevée en zone subhumide, ces performances ne se traduisent pas systématiquement par une viabilité économique des exploitations. Les coûts élevés de l’alimentation, les insuffisances dans la gestion de la reproduction et l’accès limité aux services techniques spécialisés, notamment en insémination artificielle, constituent des contraintes majeures au développement durable de ces systèmes d’élevage. Ainsi, l’amélioration de la rentabilité des exploitations laitières reposera sur le renforcement de l’accompagnement technique des producteurs, l’optimisation des stratégies alimentaires et reproductives, ainsi que le développement de services d’appui adaptés. Ces actions apparaissent essentielles pour valoriser le potentiel des races améliorées et renforcer la contribution de la filière laitière au développement économique et à la sécurité alimentaire au Cameroun. Les résultats de cette étude peuvent contribuer à orienter les stratégies d’amélioration de la production laitière dans les zones semi-aride et subhumide du Cameroun. Ils suggèrent la nécessité de renforcer l’encadrement technique des éleveurs, notamment en matière de formulation des rations, de gestion de la reproduction et de suivi sanitaire des troupeaux. Le développement de la culture fourragère, l’amélioration de l’accès aux intrants alimentaires et la formation d’inséminateurs qualifiés apparaissent également comme des leviers essentiels pour optimiser les performances des vaches Montbéliardes. Par ailleurs, la structuration des circuits de commercialisation du lait et l’accompagnement économique des exploitations pourraient contribuer à améliorer la rentabilité et la durabilité des unités de production laitière dans ces zones agroécologiques.
REMERCIEMENTS
Les auteurs remercient chaleureusement toutes les personnes et institutions ayant contribué à la réalisation de cette étude. Nous exprimons notre gratitude aux éleveurs laitiers et aux unités de production ayant accepté de participer à l’enquête. Nous remercions également le Projet de Développement de l’Elevage (PRODEL) pour l’appui logistique et technique fourni lors de la collecte et de l’analyse des données.
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