Diagnostic de la qualité écologique da la source d’approvisionnement en eau des étangs piscicoles de la ferme école de l’Université Jean Lorougnon Guede (Daloa, Centre-ouest de la Côte d’Ivoire)

Journal of Applied Biosciences 225: 25070 – 25085
ISSN 1997-5902

Diagnostic de la qualité écologique da la source d’approvisionnement en eau des étangs piscicoles de la ferme école de l’Université Jean Lorougnon Guede (Daloa, Centre-ouest de la Côte d’Ivoire)

DJIRIEOULOU Kémomadjèhi Claver1*, SIMMOU Yomi Junior2, ANVO Morgane Paul Magouana3, KOUAME Kouamé Martin1
1Université Jean LOROUGNON GUEDE, UFR-Environnement, Laboratoire de Biodiversité et Ecologie Tropicale, BP 150 Daloa, Côte d’Ivoire.
2Université Peleforo Gon Coulibaly, UFR – Sciences Biologiques, Laboratoire d’Environnement Climat Santé Ingénierie et Développement Durable, BP 1328 Korhogo, Ivoire Côte d’Ivoire.
3Centre National de Recherche Agronomique, Station de Recherche sur la Pêche Intérieure et l’Aquaculture, 01 BP 633 Bouaké, Côte d’Ivoire.
1Auteur correspondant: claverdjirieoulouk@gmail.com, + 225 0757210194

Submitted 02/09/2026, Published online on 31/10/2026 in the https://www.m.elewa.org/journals/journal-of-applied-biosciences-about-jab/ https://doi.org/10.35759/JABs.225.4

RESUME
Objectif : Les activités anthropiques dont l’urbanisation, la riziculture pourraient avoir des impacts négatifs sur la retenue d’eau de UJLoG. Pourtant, cette retenue est utilisée pour approvisionner les étangs piscicoles de l’Université́. L’étude du peuplement des macroinvertébrés aquatiques de la retenue a pour but d’évaluer sa qualité écologique.
Méthodologie et résultats : Les échantillonnages ont été menés mensuellement, d’avril à juin 2025 à l’aide d’un filet troubleau et d’une benne van Veen. Les paramètres abiotiques mesurés n’ont pas varié significativement d’une station à une autre excepté la profondeur. Au total 28, taxons de macroinvertébrés repartis 3 groupes zoologiques (Insectes, Gastéropodes et Arachnides) ont été́ inventoriés. Les Insectes ont été les plus abondants et les plus diversifiés. Dans l’ensemble, l’indice Score Moyen par Taxon (ASPT) a indiqué que la qualité́ biotique de la source d’approvisionnement en eau des étangs piscicoles de la ferme école de l’Université Jean LOROUGNON GUEDE est propre, mais légèrement polluée.
Conclusion et application des résultats : Cette étude a permis de déterminer la qualité écologique de la retenue d’eau qui alimente les étangs de la ferme piscicole de la ferme école de UJLoG, la classant dans la catégorie propre mais légèrement polluée à cause des pressions anthropiques. Aussi, a-t-elle recommandé la sensibilisation des usagers aux pratiques de protection de cette ressource et le maintien d’une bande de végétation riveraine pour limiter le ruissellement des matières en suspension et des contaminants.
Mots clés : Communauté, Macroinvertébrés, Retenue d’eau, Qualité́ écologique, Université Jean Lorougnon Guede.

Ecological quality assessment of the water supply source for the fish ponds at the Jean Lorougnon Guede University farm school (Daloa, Centre-west of Côte d’Ivoire)

ABSTRACT
Objective: Human activities, including urbanization and rice cultivation, could have negative impacts on the UJLoG reservoir. However, this reservoir is used to supply the University’s fish ponds. The study of the reservoir’s aquatic macroinvertebrate population aims to assess its ecological quality.
Methodology and results: Sampling was conducted monthly from April to June 2025 using a draught net and a Van Veen grab. The measured abiotic parameters did not vary significantly from one sampling station to another, except for depth. A total of 28 macroinvertebrate taxa, belonging to three zoological groups (Insects, Gastropods, and Arachnids), were inventoried. Insects were the most abundant and diverse. Overall, the Average Score Per Taxon (ASPT) index indicated that the biotic quality of the water supply source for the fish ponds at the Jean LOROUGNON GUEDE University teaching farm is clean but slightly polluted.
Conclusion and application of results: This study determined the ecological quality of the reservoir that feeds the ponds at the UJLoG teaching farm fish farm, classifying it as clean but slightly polluted due to anthropogenic pressures. Furthermore, it recommended raising user awareness regarding practices for protecting this resource, as well as maintaining a riparian buffer strip of vegetation to limit the runoff of suspended solids and contaminants.
Keywords: Community, Macroinvertebrates, Reservoir, Ecological quality, Jean LOROUGNON GUEDE University.

INTRODUCTION

La pêche et l’aquaculture procurent 17% des protéines d’origine animale à l’échelle mondiale et les moyens de subsistance d’environ 660-820 millions de personnes soit 10-12% de la population mondiale (Lahsen et al., 2015). L’aquaculture, secteur en pleine expansion en Côte d’Ivoire, représente une source potentielle de sécurité alimentaire et de développement économique (FAO, 2020). Malheureusement, la pisciculture, en Côte d’Ivoire, n’a pas encore atteint une dimension économique viable, malgré́ d’immenses potentialités hydrologiques (150 000 ha de lagunes, 350 000 ha de lacs et de nombreux bas-fonds, etc.), climatiques et humaines et plus d’un demi-siècle d’efforts menés depuis les années coloniales (FAO, 2008). Pour pallier ce problème, la pisciculture ivoirienne ne saurait se contenter des méthodes de reproduction de nos espèces de poissons d’élevage. Cependant, l’évaluation de la qualité de l’eau d’approvisionnements doit être associée pour permettre une production halieutique suffisante, afin de combler la demande nationale. L’Université́ Jean LOROUGNON GUEDE (UJLoG) dispose d’une ferme-école qui concilie formation et rentabilité́ financière. Cette ferme renferme trois étangs piscicoles affectés à la production des poissons tilapias marchands destinés aux marchés locaux de la région du Haut Sassandra. Malheureusement, la source d’approvisionnement en eau de ces étangs est exposée à de nombreuses menaces anthropiques susceptibles de perturber la qualité écologique de cet hydrosystème (Kone et al., 2025). Pourtant, la réussite des activités piscicoles dépend fortement de la qualité de l’eau utilisée pour l’approvisionnement des étangs. Les macroinvertébrés aquatiques sont de précieux indicateurs de la qualité écologique des eaux (Rosenberg &Resh, 1993). Leur diversité, leur abondance et leur sensibilité aux perturbations environnementales permettent d’évaluer l’état de santé des écosystèmes aquatiques (Bonadaet al., 2006). Ainsi, cette étude se propose d’évaluer la qualité écologique de la retenue d’approvisionnement en eau des étangs piscicoles de la ferme école de UJLoG, à partir de la communauté des macroinvertébrés.

MATERIEL ET METHODE

Milieu d’étude : Le milieu d’étude est situé́ à Daloa, chef-lieu de la région du Haut-Sassandra, au Centre-Ouest de la Côte d’Ivoire. La ville, localisée entre 6°49’12” et 6°55’12” N, 6°30’00” et 6°24’00” O, couvre 530 500 ha et compte 421 879 habitants (RGPH, 2021). Elle se trouve à 141 km de Yamoussoukro et à 383 km d’Abidjan. Le milieu étudié correspond à la retenue d’eau de l’Université Jean LOROUGNON GUEDE (UJLoG), située au nord-ouest de la ville, entre 6°26’8’’ et 6°25’57’’ O, 6°55’18’’ et 6°55’22’’ N. Cet environnement semi-urbain associe espaces bâtis, zones végétalisées et plans d’eau artificiels destinés à la pisciculture expérimentale et à la recherche académique(Figure 1).

Figure 1 : Localisation de la zone d’étude

Mesure des variables physico-chimiques : Les paramètres physico-chimiques ont été mesurésune fois mensuellement in situd’Avril 2025 à Juin 2025 dans quatre stations (figure 2, tableau I). La température de l’eau, le pH, la conductivité, le taux d’oxygène dissous ont été mesurés à l’aide d’un multiparamètre de marque Sper Scientifique. Outre ces appareils, un disque de Secchi (de 30 cm de diamètre peint en blanc-noir) et une barre graduée (en centimètre) ont été utilisés pour estimer, respectivement, la transparence et la profondeur de l’eau.
Echantillonnage des macroinvertébrés : Les macroinvertébrés aquatiques ont été collectés une fois par mois d’Avril 2025 à Juin 2025 dans chacune des stations (figure 2). Les échantillons des herbiers ont été prélevés en immergeant un filet troubleau, puis en balayant la colonne d’eau sur une distance de 2 mètres, soit une surface estimée à 1 m2 (2m × 0,5 m) pendant deux minutes (Moisan, 2010 ; Bellemare et al., 2013). Trois coups de filet troubleau ont été effectués à chaque station et à chaque campagne d’échantillonnage et le contenu du filet a été renversé dans un maillage inférieur à 1mm. Pour le prélèvement du benthos, la benne à sédiment (préalablementarmée) a été descendue jusqu’au fond de l’eau. Dès qu’elle atteint le fond, ses mâchoires, se désarment.

Figure 2 : Les stations d’échantillonnage (S1 à S4) dans la retenue d’eau de UJLoG.

Tableau 1. Coordonnées géographiques et description des stations d’échantillonnage
Stations Coordonnées géographique Description des stations
Longitude Latitude
S 1 6°25’58”O 6°55’20”N Située en aval de la retenue, présence de végétaux autour du cours d’eaux, lieu d’abreuvoir d’animaux et de pêche artisanale.
S 2 6°25’60”O 6°55’18”N Située sur la rive gauche de la retenue, présence d’habitation environ 20 m, présence de végétaux aquatiques, culture vivrière près du cours d’eau, lieu de pêche artisanale et de baignade.
S3 6°26’18”O 6°55’21”N Située sur la rive droite, présence de végétaux, lieu de pêche artisanale, présence de plantation d’anacarde environ 500 m et de l’arboretum de UJLoG près du cours d’eau ;
S4 6°26’1”O 6°55’21”N Située en amont de la retenue, présence de végétaux aquatiques, les activités à proximité sont : culture de gombo, riz, pêche artisanale.

La traction exercée sur la corde permet alors de renfermer les mâchoires, emprisonnant ainsi le sédiment. Une fois l’échantillon remonté, le contenu de la benne a été versé sur un tamis pour un lavage minutieux. A chaque station, six coups de benne ont été réalisés. Un pré-tri aété effectué sur le terrain, et les organismes capturés ontété mis dans des piluliers étiquetés et fixés à l’alcool à 70%. Le reste de l’échantillon a été conservé dans des piluliers contenant de l’alcool à 70 % pour un tri minutieux au laboratoire sous une loupe binoculaire.
Tri et identification : Sur le terrain, le contenu de la benne et du filet a été lavé sur un tamis afin d’éliminer les particules de boue, les matériaux grossiers et les débris végétaux. Les résidus obtenus ont ensuite été transférés sur un bac. A l’aide d’une pince entomologique, les macroinvertébrés ontété extraits et placés dans des piluliers, séparés station, pour observation ultérieure au laboratoire. Les refus du tamis ont également été récupérés et transférés. Au laboratoire, le contenu de chaque bocal a été soigneusement rincé afin d’éliminer l’alcool. Pour le tri, une portion du contenu du bac a été déposée dans une boite de Pétri, de manière à en recouvrir légèrement le fond. Cette portion a été examinée sous une loupe binoculaire. À l’aide d’une pince entomologique, les macroinvertébrés ont été extraits et répartis selon leurs caractéristiques morphologiques. L’opération a été répétée jusqu’au traitement complet du contenu du bac. Les organismes isolés ont ensuite été identifiés au niveau taxonomique le plus bas précis possible, à l’aide de plusieurs clés d’identification, notamment celles de Dejouxet al. (1981) De Mooret al. (2003), De Moor & Day (2003b) et Moisan (2010).
Analyse des données : La richesse taxonomique et le pourcentage d’occurrence ont été utilisés pour déterminer la structure et la dynamique du peuplement de macroinvertébrés. Le pourcentage d’occurrence est définie par la formule suivante : %OF = (pi / P) × 100, avec pi : nombre d’échantillons où l’espèce i apparaît et P : nombre total d’échantillons dans un milieu. La classification des taxons sur la base de leur pourcentage d’occurrence a été faite selon Dajoz (2000) : %OF ≥ 50 : taxon constant ; 25 ≤ %OF ˂ 50 : taxon accessoire et %OF ˂ 25 : taxon accidentel. Les variations spatio- temporelles de la richesse spécifique ont été évaluées par le test U de Mann-Whitney et le test de Kruskall-Wallis a été utilisé pour comparer l’abondance des différentes espèces entre les différentes stations. L’ANOVA a permis d’évaluer le degré de significativité des variations spatio- temporelles des catégories écologiques.
Pour l’évaluation de la qualité de l’eau, deux indices biotiques ont été utilisés (Tableau II) : le Groupe de travail sur le suivi biologique (BMWP) et le Score moyen par taxon (ASPT).
Le score BMWP permet d’apprécier le niveau de sensibilité de chaque taxon à la pollution, offrant ainsi une estimation fiable du stress écologique subi. Il se calcule comme la somme des scores attribués à chaque famille de macroinvertébrés identifiée :
BMWP = ∑_(i=1)^n▒Si
Avec :
Si, score attribué à la famille i,
n, nombre total de familles présentes.
L’ASPT correspond à la moyenne des valeurs BMWP et fournit une indication synthétique de l’état écologique du site. Il est obtenu en divisant la valeur totale du BMWP par le nombre de familles ayant contribué à son calcul (Walley & Hawkes, 1996) (Tableau II) :
ASPT = BMWP / n
Les familles faiblement tolérantes à la pollution obtiennent généralement des scores élevés, tandis que les familles plus résistantes présentent des valeurs plus faibles (Walley & Hawkes, 1996 ; 1997).

Tableau 2: Classes de qualité de l’eau définies à partir des indices BMWP et ASPT (Zamora-Muñoz, et al.,1995)
Classes Catégorie BMWP ASPT Interprétation
I Très bien >100 >7 Non polluée ou sans impact
II Bien 71 – 100 6 – 6,9 Propre, mais légèrement polluée
III Modéré 41 – 70 5 – 5,9 Modérément polluée
IV Médiocre 11 – 40 4 – 4,9 Polluée
V Très médiocre 0 – 10 0 – 3,9 Fortement polluée

RESULTATS

Composition et structure des taxons
Richesse taxonomique : Huit cents soixante-douze (872 individus) de macroinvertébrés ont été́ échantillonnées dans l’ensemble des quatre stations prospectées. Ces individus appartiennent à trois grandes classes zoologiques: Insectes, Arachnides et Gastéropodes, regroupant 8 ordres et 18 familles. La classe dominante est celle des Insectes, avec 670 individus (76,8%) de l’effectif total, suivie des Gastéropodes avec 151 individus (17,3%) et des Arachnides avec 51 individus (soit 5,8%) (Figure 3). Parmi les Insectes, les plus diversifiés, on recense quatre ordres: Hémiptères, Odonates, Ephéméroptères et Orthoptères, regroupant au total 13 familles. Parmi eux, l’ordre des Hémiptères est plus représenté, avec une abondance totale de 369 individus, soit (42,3%) de l’ensemble des macroinvertébrés répartis dans plusieurs familles telles que les Gerridae Naucoridae et Veliidae. Il est suivi par les Odonates avec 212 individus (24,3%) appartenant aux familles Coenagrionidae, Gomphidae et Libellulidae. Les Ephéméroptères représentent 73 individus (8,4%), tous issus de la famille Leptophlebiidae, tandis que les Orthoptères sont faiblement représentés avec 16 individus (1,8%) de la famille des Gryllidae. Les Gastéropodes, bien que moins abondants, présentent une certaine diversité et sont répartis en trois ordres : les Littorinimorphes, les Basommatophores et les Coenogastéropodes, représentant respectivement (4,6%), (0,7%) et (12%) de l’abondance totale. Les familles les plus représentées sont les Thiaridae (Melanoides tuberculata) et Tomichiidae (Tomichia zwellendamensis),. Enfin, les Arachnides sont exclusivement représentés par l’ordre Aranéides, avec 51 individus (5,8%). On y retrouve principalement les genres Thalassius et Tetragnatha, répartis dans les familles Pisauridae et Tetragnathidae.

Figure 3. Constitution des classes dans la richesse taxonomique des macroinvertébrés inventoriés

Occurrences des taxons: L’analyse des occurrences des macroinvertébrés aquatiques montre que les taxons récoltés aux différentes stations d’échantillonnage se répartissent en deux catégories : les taxons accessoires et les taxons constants (Tableau 3). Sur l’ensemble des taxons récoltés, sept sont présents dans toutes les stations : Thalassius radiatolineatus, Thraulus sp., Ranatra sp., Diplonychus sp., Aquarius sp., Arectina aquatica et Coenagriocnemis reuniense.
Station S1 : 4 taxons accessoires (1 Arachnide : Tetragnatha sp. et 3 Insectes : Aquarius sp., Aphrodes sp., Loccocoris sp.) et 19 taxons constants (3 Arachnides : Thalassius spinosissimus, Thalassius sp., Thalassius radiatolineatus ; 3 Gastéropodes : Tomichia zwellendamensis, Afrogyrus rodrignezensis, Melanoides tuberculata ; et 13 Insectes dont Diplonychus sp., Halobates sp., Arectina aquatica, Anisops sarclea, Pseudagrion punctum, Acheta sp., Trithemis werneri, Thraulus sp., Ranatra sp., Anisops sp., Ceriagrion sp., Coenagriocnemis reuniense, Brachythemis lacustris). Parmi eux, seule l’espèce Afrogyrus rodrignezensis est exclusive à cette station.
Station S2 : 1 taxon accessoire (1 Insecte : Macrocoris flavicolis) et 16 taxons constants (2 Arachnides : Thalassius sp., Thalassius radiatolineatus ; 1 Gastéropode : Melanoides tuberculata ; et 13 Insectes dont Thraulus sp., Ranatra sp., Diplonychus sp., Aquarius sp., Coenagriocnemis reuniense, Ceriagrion sp., Brachythemis lacustris, Anisops sp., Arectina aquatica, Ictinogomphus sp., Acheta sp., Trithemis werneri, Rhagovelia reitteri). Seul Rhagovelia reitteri est exclusif à cette station.
Station S3 : tous les taxons sont constants, dont 3 Arachnides (Thalassius spinosissimus, Thalassius radiatolineatus, Tetragnatha sp.), 1 Gastéropode (Tomichia zwellendamensis) et 11 Insectes (Loccocoris sp., Thraulus sp., Diplonychus sp., Aphrodes sp., Rhagadotarsus sp., Arectina aquatica, Pseudagrion punctum, Macrocoris flavicolis, Ranatra sp., Aquarius sp., Coenagriocnemis reuniense). Rhagadotarsus sp. est exclusif à cette station.
Station S4 : 17 taxons récoltés dont 2 Insectes accessoires (Loccocoris sp., Diplonychus sp.) et 15 taxons constants (2 Arachnides : Thalassius radiatolineatus, Tetragnatha sp. ; 1 Gastéropode : Tomichia zwellendamensis ; et 12 Insectes dont Thraulus sp., Aphrodes sp., Ranatra sp., Aquarius sp., Macrocoris flavicolis, Arectina aquatica, Anisops sp., Dolycoris sp., Trithemis werneri, Ceriagrion sp., Coenagriocnemis reuniense, Brachythemis lacustris). Parmi ces Insectes, seul Dolycoris sp. est exclusif à cette station.

Tableau 3 : Liste des taxons inventoriés dans les sites d’échantillonnage et leur occurrence
Classes Ordres Familles Taxons Codes S1 S2 S3 S4
Arachinides Aranéides Pisauridae Thalassius spinosissimus Pts *** ***
Thalassius radiatolineatus Ptr *** *** *** ***
Thalassius sp. Ptsp *** ***
Tetragnathidae Tetragnatha sp. Ttsp ** *** ***
Gasteropodes Littorinimorphes Tomichiidae Tomichia zwellendamensis Ptz *** *** ***
Basommatophores Planorbidae Afrogyrus rodrignezensis Par ***
Caenogastropoda Thiaridae Melanoides tuberculata Tmt *** ***
Insectes Éphéméroptères Leptophlebiidae Thraulus sp. Btsp *** *** *** ***
Hémiptères Naucoridae Loccocoris sp. Nlsp ** *** **
Macrocoris flavicolis Nmf ** *** ***
Nepidae Ranatra sp. Nrsp *** *** *** ***
Belostomatidae Diplonychus sp. Bdsp *** *** *** **
Cicadellidae Aphrodes sp. Casp ** *** ***
Gerridae Aquarius sp. Gasp ** *** *** ***
Halobates sp. Ghsp ***
Rhagadotarsus sp. Grsp ***
Notonectidae Anisops sp. Nasp *** *** ***
Arectina aquatica Naa *** *** *** ***
Anisops sarclea Nas ***
Pentatomidae Dolycoris sp. Pdsp ***

Classes Ordres Familles Taxons Codes S1 S2 S3 S4
Insectes Hémiptères Veliidae Rhagovelia reitteri Vrr ***
Odonates Coenagrionidae Ceriagrion sp. Ccsp *** *** ***
Coenagriocnemis reuniense Ccr *** *** *** ***
Pseudagrion punctum Cpp *** ***
Gomphidae Ictinogomphus Gi ***
Libellulidae Trithemis werneri Ltw *** *** ***
Brachythemis lacustris Lbl *** *** ***
Orthoptères Gryllidae Acheta sp. Gasp *** ***
3 8 18 28 301 273 89 209

S = station d’échantillonnage ; ** = taxons accessoires ; *** = taxons constants

Abondance taxonomique : La variation spatiale de l’abondance relative des trois classes d’invertébrés aquatiques (Arachnides, Gastéropodes et Insectes) (Figure 4 a) montre une large dominance des Insectes dans l’ensemble des stations, avec une abondance de 79,1 % à S1, 64,5 % à S2, 75,8 % à S3 et 86,6 % à S4. Les Gastéropodes présentent une abondance plus marquée à la station S2 (33 %), ils sont également présents à S1 (14,6 %), S3 (14,1 %) et faiblement représentés à S4 (6,2%). Les Arachnides, quant à eux, sont les moins abondants, avec 6,3 % à S1, 2,6 % à S2, 10,1 % à S3 et 7,2 % à S4. Le test de Kruskall-Wallis utilisé pour comparer l’abondance des différents taxons entre les différentes stations n’a montré aucune différence significative. Au niveau temporel, la classe des Insectes domine dans l’ensemble des mois avec une abondance relative moyenne supérieure à 75 %. Elle est suivie des Gastéropdes (Figure 4 b) toutefois la différence n’a pas été significative (Kruskal-Wallis, p> 0,05) d’un mois à un autre. A l’échelle des ordres, les Hémiptères dominent tant au niveau spatial que temporel. Cet ordre est suivi de celui des Odonates. Les Orthoptères sont les moins représentés au niveau spatio temporel (Figure 5 a et b). Aucune différence significative n’a été observée (test de Kruskal-Wallis p> 0,05).

Figure 4 :Variations spatiale (a) et temporelle (b) de l’abondance des classes de macroinvertébrés

Figure 5. Variations spatiale (a) et temporelle (b) de l’abondance des ordres des insectes

Corrélations entre l’abondance des taxons et les variables environnementales : Les résultats de l’analyse de la redondance (RDA) ont montré que les valeurs propres des axes 1 (λ1 = 0,86) et 2 (λ2 = 0,13) sont plus élevées que celles des axes 3 (λ3 = 0,01) et 4 (λ4 = 0,00). De plus, les deux premiers axes expriment la majorité de la variable cumulée espèces/variables environnementales avec 99 %. Par conséquent, seuls ces deux axes ont été considérés dans l’interprétation des résultats. L’ordination suivant l’axe 1 (23,3 % de l’inertie totale) met en évidence deux principaux groupes d’espèces. Le premier groupe est constitué d’Aquariussp., Rhagadotarsus sp., Tetragnathasp., Thalassius radiatolineatus et Loccocoris sp.. Ces espèces sont corrélées positivement à l’axe 1 et se retrouvent principalement à la station 3, caractérisée par des valeurs élevées de température et de pH. Le second groupe comprend Arectinaaquatica, Rhagovelia reitteri, Melanoides tuberculata, Tomichiaz wellendamensis, Coenagriocnemis reuniense, Ranatrasp., Brachythemis lacustris et Trithemis werneri. Ces espèces sont corrélées négativement à l’axe 1 et se localisent préférentiellement à la station 2, caractérisée par des valeurs élevées de profondeur et d’oxygène dissous. L’ordination suivant l’axe 2 distingue également deux groupes d’espèces. Le premier groupe est constitué de Thraulussp., Diplonychussp. et Aquarius sp.. Ces espèces sont corrélées positivement à l’axe 2 et se retrouvent à la station 1, caractérisée par des valeurs élevées de transparence, de profondeur et d’oxygène dissous. Le second groupe est formé de Dolycoris sp.etMacrocoris flavicolis, corrélées négativement à l’axe 2 et associées à la station 4.

Figure 6 : Résultats de l’Analyse de Redondance (RDA) montrant les relations entre les variables environnementales, les stations d’échantillonnage et les taxons de macroinvertébrés. Temp = Température ; Prof = Profondeur ; Tsp = Transparence ; OD = Oxygène Dissous ; Naa = Arectinaaquatica ; Nmf = Macrocorisflavicolis ; Btsp = Traulussp ; Ccr = Coenagriocnemis reuniense ; Pdsp = Dolycorissp..Ttsp = Tetragnathasp. ; Tmt = Melanoides tuberculata ; Gasp = Aquarius sp; Bdsp = Diplonychussp. ; Ptr = Thalassiusradiatolineatus ; Nlsp = Loccocorissp , Casp = Aphrodessp, Grsp = Rhagadotarsussp, Nrsp = Ranatrasp, Ptz = Tomichiazwellendamensis,Ptz = Tomichiazwellendamensis, Lbl = Brachythemislacustris, Vrr = Rhagoveliareitteri.

Qualité écologique de la retenue étudiée : Le tableau 4 présente l’évaluation de la qualité de l’eau à partir des indices biotiques BMWP et ASPT. Selon le BMWP, les stations S1, S2 et S4 sont modérément polluées, tandis que la station S3 est polluée. En revanche, l’ASPT indique que les stations S2, S3 et S4 sont propres mais légèrement polluées, alors que la station S1 est modérément polluée. Dans l’ensemble, la retenue d’eau de UJLoG présente une bonne qualité écologique, mais demeure soumise à une pollution organique.

Tableau 4: Classes de la qualité de l’eau basée sur les indices biotiques
Site BMWP Interprétation ASPT Interprétation
S1 53 Modérément polluée 5,9 Modérément polluée
S2 61 Modérément polluée 6,1 Propre, mais légèrement polluée
S3 36 Polluée 6 Propre, mais légèrement polluée
S4 44 Modérément polluée 6,3 Propre, mais légèrement polluée

DISCUSSION

A l’exception de la profondeur, les autres paramètres ne varient pas significativement d’une station à l’autre. Cette homogénéité pourrait s’expliquer par un échange permanent des eaux entre les stations, sous l’effet des vagues et du vent, entrainant d’importantes circulations et une certaines homogénéisation de l’eau à une période donnée. Du point de vue taxinomique, 872 individus appartenant à 28 taxons ont été collectés. Ces taxons sont répartis en18 familles, 8 ordres et 3 groupes zoologiques : Insectes, Gastéropodes et Arachnides. Le nombre d’individus récoltés dans la présente étude (872) est inférieur à celui obtenu par Tchoulafolo (2021) (3029 individus). Cette différence pourrait s’expliquer par la durée limitée de l’étude, la typologie des habitats, la période et la méthode d’échantillonnage. Le groupe zoologique le plus dominant est celui des Insectes qui regroupent 670 individus, 21 taxons soit (76,8 %) et 13 familles, regroupés en 4 ordres. Il est suivi des Gastéropodes composés de 151 individus, 3 taxons soit (17,3 %) et 3 familles regroupés en 3 ordres de la faune totale. La prépondérance des Insectes en termes de richesse taxonomique serait liée à la forte plasticité écologique de ces organismes mais aussi de leurs caractères ubiquistes. Selon Gagnon & Pedneau (2006) et Lee et al. (2006). Les insectes représentent le groupe zoologique le plus diversifié parmi les macroinvertébrés aquatiques, près de 95% des organismes présents dans le milieu. Au sein de la classe des insectes, les Ordres des Hémiptères ( 13 taxons), les Odonates ( 6 taxons), les éphéméroptères ( 1 taxon) et les orthoptères avec 1 taxon avec respectivement 42,3 %, 24,3 %, 8,4 %, 1,9 % sont les mieux représentés. Nos résultats corroborent ceux de Mary (2000). Cet auteura souligné que les Hémiptères aquatiques sont plus rencontrés en eaux stagnantes ou calmes qu’en eaux courantes. D’une façon générale, la composition faunistique des mollusques de la retenue est comparable à celle décrite dans les eaux douces africaines et ivoirienne (Ramade, 2003 ; Edia, 2008 ; Ben Moussa et al., 2014). Ils sont dominés par les familles des Thiaridae et des Thomichiidae La variation spatiale des abondances observées entre stations pourrait s’expliquer par la présence de végétaux aquatiques, notamment la jacinthe d’eau, qui fournit des habitats et des sources alimentaires favorables aux macroinvertébrés. Cette observation corrobore les résultats de Kouamé (2014), qui soulignent que les végétaux aquatiques abritent une plus grande diversité de macroinvertébrés par rapport aux autres micro-habitats lacustres. La variation temporelle de l’abondance des trois classes montre une augmentation légère en Mai qui pourrait s’expliquer par la création d’habitat supplémentaire, apport de matière organique qui enrichi le milieu augmentant la disponibilité de nourriture. Par ailleurs, la dominance des Hémiptères au cours des mois pourrait s’expliquer par leur grande capacité d’adaptation à différents types de microhabitats aquatiques. L’analyse de la corrélation entre diversité des macroinvertébré et les caractéristiques environnementales a montré que le pH, l’oxygène dissous, la profondeur, la température et la transparence sont les caractéristiques environnementales qui influencent la diversité et l’abondance des macroinvertébrés. Ces résultats traduisent l’existance d’une corrélation entre la structure de ces organismes et les variables environnementales. L’état de santé écologique évalué à partir des indices de BMWP et ASPT indique que la retenue est propre, mais légèrement polluée. Cette légère pollution serait due à une pollution organique sur l’ensemble de la retenue d’eau de UJLoG. Cependant, la station S1, située en aval, présente une qualité légèrement inférieure aux autres stations. Ce qui s’expliquerait par l’accumulation des apports provenant de l’amont, combinée aux activités locales d’abreuvement et de pêche artisanale. Cette position hydrologique entraîne un transport et un dépôt de matières organiques et de nutriments, contribuant à une légère perturbation écologique.

CONCLUSION ET APPLICATIONS DES RESULTATS

La présente étude a permis d’évaluer la qualité écologique de la retenue d’approvisionnement en eau des étangs piscicoles de la ferme école de UJLoG, à partir de la communauté́ des macroinvertébrés. Les indices biotiques BMWP et ASPT classent ce milieu aquatique dans la catégorie propre mais légèrement polluée à cause des pressions anthropiques. Par conséquent, pour préserver la qualité écologique et garantir la durabilité de cet hydrosystème stratégique pour la ferme piscicole de UJLoG, cette étude recommande la restriction à l’accès direct des animaux au plan d’eau et l’interdiction de l’utilisation des pesticides aux voisines de cet hydrosystème.

REMERCIEMENTS
Nous tenons à adresser nos remerciements à l’endroit de tous ceux qui ont contribué à la réalisation de cette étude.

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ISSN 1997-5902

Diagnostic de la qualité écologique da la source d’approvisionnement en eau des étangs piscicoles de la ferme école de l’Université Jean Lorougnon Guede (Daloa, Centre-ouest de la Côte d’Ivoire)

DJIRIEOULOU Kémomadjèhi Claver1*, SIMMOU Yomi Junior2, ANVO Morgane Paul Magouana3, KOUAME Kouamé Martin1
1Université Jean LOROUGNON GUEDE, UFR-Environnement, Laboratoire de Biodiversité et Ecologie Tropicale, BP 150 Daloa, Côte d’Ivoire.
2Université Peleforo Gon Coulibaly, UFR – Sciences Biologiques, Laboratoire d’Environnement Climat Santé Ingénierie et Développement Durable, BP 1328 Korhogo, Ivoire Côte d’Ivoire.
3Centre National de Recherche Agronomique, Station de Recherche sur la Pêche Intérieure et l’Aquaculture, 01 BP 633 Bouaké, Côte d’Ivoire.
1Auteur correspondant: claverdjirieoulouk@gmail.com, + 225 0757210194

Submitted 02/09/2026, Published online on 31/10/2026 in the https://www.m.elewa.org/journals/journal-of-applied-biosciences-about-jab/ https://doi.org/10.35759/JABs.225.4

RESUME
Objectif : Les activités anthropiques dont l’urbanisation, la riziculture pourraient avoir des impacts négatifs sur la retenue d’eau de UJLoG. Pourtant, cette retenue est utilisée pour approvisionner les étangs piscicoles de l’Université́. L’étude du peuplement des macroinvertébrés aquatiques de la retenue a pour but d’évaluer sa qualité écologique.
Méthodologie et résultats : Les échantillonnages ont été menés mensuellement, d’avril à juin 2025 à l’aide d’un filet troubleau et d’une benne van Veen. Les paramètres abiotiques mesurés n’ont pas varié significativement d’une station à une autre excepté la profondeur. Au total 28, taxons de macroinvertébrés repartis 3 groupes zoologiques (Insectes, Gastéropodes et Arachnides) ont été́ inventoriés. Les Insectes ont été les plus abondants et les plus diversifiés. Dans l’ensemble, l’indice Score Moyen par Taxon (ASPT) a indiqué que la qualité́ biotique de la source d’approvisionnement en eau des étangs piscicoles de la ferme école de l’Université Jean LOROUGNON GUEDE est propre, mais légèrement polluée.
Conclusion et application des résultats : Cette étude a permis de déterminer la qualité écologique de la retenue d’eau qui alimente les étangs de la ferme piscicole de la ferme école de UJLoG, la classant dans la catégorie propre mais légèrement polluée à cause des pressions anthropiques. Aussi, a-t-elle recommandé la sensibilisation des usagers aux pratiques de protection de cette ressource et le maintien d’une bande de végétation riveraine pour limiter le ruissellement des matières en suspension et des contaminants.
Mots clés : Communauté, Macroinvertébrés, Retenue d’eau, Qualité́ écologique, Université Jean Lorougnon Guede.

Ecological quality assessment of the water supply source for the fish ponds at the Jean Lorougnon Guede University farm school (Daloa, Centre-west of Côte d’Ivoire)

ABSTRACT
Objective: Human activities, including urbanization and rice cultivation, could have negative impacts on the UJLoG reservoir. However, this reservoir is used to supply the University’s fish ponds. The study of the reservoir’s aquatic macroinvertebrate population aims to assess its ecological quality.
Methodology and results: Sampling was conducted monthly from April to June 2025 using a draught net and a Van Veen grab. The measured abiotic parameters did not vary significantly from one sampling station to another, except for depth. A total of 28 macroinvertebrate taxa, belonging to three zoological groups (Insects, Gastropods, and Arachnids), were inventoried. Insects were the most abundant and diverse. Overall, the Average Score Per Taxon (ASPT) index indicated that the biotic quality of the water supply source for the fish ponds at the Jean LOROUGNON GUEDE University teaching farm is clean but slightly polluted.
Conclusion and application of results: This study determined the ecological quality of the reservoir that feeds the ponds at the UJLoG teaching farm fish farm, classifying it as clean but slightly polluted due to anthropogenic pressures. Furthermore, it recommended raising user awareness regarding practices for protecting this resource, as well as maintaining a riparian buffer strip of vegetation to limit the runoff of suspended solids and contaminants.
Keywords: Community, Macroinvertebrates, Reservoir, Ecological quality, Jean LOROUGNON GUEDE University.

INTRODUCTION

La pêche et l’aquaculture procurent 17% des protéines d’origine animale à l’échelle mondiale et les moyens de subsistance d’environ 660-820 millions de personnes soit 10-12% de la population mondiale (Lahsen et al., 2015). L’aquaculture, secteur en pleine expansion en Côte d’Ivoire, représente une source potentielle de sécurité alimentaire et de développement économique (FAO, 2020). Malheureusement, la pisciculture, en Côte d’Ivoire, n’a pas encore atteint une dimension économique viable, malgré́ d’immenses potentialités hydrologiques (150 000 ha de lagunes, 350 000 ha de lacs et de nombreux bas-fonds, etc.), climatiques et humaines et plus d’un demi-siècle d’efforts menés depuis les années coloniales (FAO, 2008). Pour pallier ce problème, la pisciculture ivoirienne ne saurait se contenter des méthodes de reproduction de nos espèces de poissons d’élevage. Cependant, l’évaluation de la qualité de l’eau d’approvisionnements doit être associée pour permettre une production halieutique suffisante, afin de combler la demande nationale. L’Université́ Jean LOROUGNON GUEDE (UJLoG) dispose d’une ferme-école qui concilie formation et rentabilité́ financière. Cette ferme renferme trois étangs piscicoles affectés à la production des poissons tilapias marchands destinés aux marchés locaux de la région du Haut Sassandra. Malheureusement, la source d’approvisionnement en eau de ces étangs est exposée à de nombreuses menaces anthropiques susceptibles de perturber la qualité écologique de cet hydrosystème (Kone et al., 2025). Pourtant, la réussite des activités piscicoles dépend fortement de la qualité de l’eau utilisée pour l’approvisionnement des étangs. Les macroinvertébrés aquatiques sont de précieux indicateurs de la qualité écologique des eaux (Rosenberg &Resh, 1993). Leur diversité, leur abondance et leur sensibilité aux perturbations environnementales permettent d’évaluer l’état de santé des écosystèmes aquatiques (Bonadaet al., 2006). Ainsi, cette étude se propose d’évaluer la qualité écologique de la retenue d’approvisionnement en eau des étangs piscicoles de la ferme école de UJLoG, à partir de la communauté des macroinvertébrés.

MATERIEL ET METHODE

Milieu d’étude : Le milieu d’étude est situé́ à Daloa, chef-lieu de la région du Haut-Sassandra, au Centre-Ouest de la Côte d’Ivoire. La ville, localisée entre 6°49’12” et 6°55’12” N, 6°30’00” et 6°24’00” O, couvre 530 500 ha et compte 421 879 habitants (RGPH, 2021). Elle se trouve à 141 km de Yamoussoukro et à 383 km d’Abidjan. Le milieu étudié correspond à la retenue d’eau de l’Université Jean LOROUGNON GUEDE (UJLoG), située au nord-ouest de la ville, entre 6°26’8’’ et 6°25’57’’ O, 6°55’18’’ et 6°55’22’’ N. Cet environnement semi-urbain associe espaces bâtis, zones végétalisées et plans d’eau artificiels destinés à la pisciculture expérimentale et à la recherche académique(Figure 1).

Figure 1 : Localisation de la zone d’étude

Mesure des variables physico-chimiques : Les paramètres physico-chimiques ont été mesurésune fois mensuellement in situd’Avril 2025 à Juin 2025 dans quatre stations (figure 2, tableau I). La température de l’eau, le pH, la conductivité, le taux d’oxygène dissous ont été mesurés à l’aide d’un multiparamètre de marque Sper Scientifique. Outre ces appareils, un disque de Secchi (de 30 cm de diamètre peint en blanc-noir) et une barre graduée (en centimètre) ont été utilisés pour estimer, respectivement, la transparence et la profondeur de l’eau.
Echantillonnage des macroinvertébrés : Les macroinvertébrés aquatiques ont été collectés une fois par mois d’Avril 2025 à Juin 2025 dans chacune des stations (figure 2). Les échantillons des herbiers ont été prélevés en immergeant un filet troubleau, puis en balayant la colonne d’eau sur une distance de 2 mètres, soit une surface estimée à 1 m2 (2m × 0,5 m) pendant deux minutes (Moisan, 2010 ; Bellemare et al., 2013). Trois coups de filet troubleau ont été effectués à chaque station et à chaque campagne d’échantillonnage et le contenu du filet a été renversé dans un maillage inférieur à 1mm. Pour le prélèvement du benthos, la benne à sédiment (préalablementarmée) a été descendue jusqu’au fond de l’eau. Dès qu’elle atteint le fond, ses mâchoires, se désarment.

Figure 2 : Les stations d’échantillonnage (S1 à S4) dans la retenue d’eau de UJLoG.

Tableau 1. Coordonnées géographiques et description des stations d’échantillonnage
Stations Coordonnées géographique Description des stations
Longitude Latitude
S 1 6°25’58”O 6°55’20”N Située en aval de la retenue, présence de végétaux autour du cours d’eaux, lieu d’abreuvoir d’animaux et de pêche artisanale.
S 2 6°25’60”O 6°55’18”N Située sur la rive gauche de la retenue, présence d’habitation environ 20 m, présence de végétaux aquatiques, culture vivrière près du cours d’eau, lieu de pêche artisanale et de baignade.
S3 6°26’18”O 6°55’21”N Située sur la rive droite, présence de végétaux, lieu de pêche artisanale, présence de plantation d’anacarde environ 500 m et de l’arboretum de UJLoG près du cours d’eau ;
S4 6°26’1”O 6°55’21”N Située en amont de la retenue, présence de végétaux aquatiques, les activités à proximité sont : culture de gombo, riz, pêche artisanale.

La traction exercée sur la corde permet alors de renfermer les mâchoires, emprisonnant ainsi le sédiment. Une fois l’échantillon remonté, le contenu de la benne a été versé sur un tamis pour un lavage minutieux. A chaque station, six coups de benne ont été réalisés. Un pré-tri aété effectué sur le terrain, et les organismes capturés ontété mis dans des piluliers étiquetés et fixés à l’alcool à 70%. Le reste de l’échantillon a été conservé dans des piluliers contenant de l’alcool à 70 % pour un tri minutieux au laboratoire sous une loupe binoculaire.
Tri et identification : Sur le terrain, le contenu de la benne et du filet a été lavé sur un tamis afin d’éliminer les particules de boue, les matériaux grossiers et les débris végétaux. Les résidus obtenus ont ensuite été transférés sur un bac. A l’aide d’une pince entomologique, les macroinvertébrés ontété extraits et placés dans des piluliers, séparés station, pour observation ultérieure au laboratoire. Les refus du tamis ont également été récupérés et transférés. Au laboratoire, le contenu de chaque bocal a été soigneusement rincé afin d’éliminer l’alcool. Pour le tri, une portion du contenu du bac a été déposée dans une boite de Pétri, de manière à en recouvrir légèrement le fond. Cette portion a été examinée sous une loupe binoculaire. À l’aide d’une pince entomologique, les macroinvertébrés ont été extraits et répartis selon leurs caractéristiques morphologiques. L’opération a été répétée jusqu’au traitement complet du contenu du bac. Les organismes isolés ont ensuite été identifiés au niveau taxonomique le plus bas précis possible, à l’aide de plusieurs clés d’identification, notamment celles de Dejouxet al. (1981) De Mooret al. (2003), De Moor & Day (2003b) et Moisan (2010).
Analyse des données : La richesse taxonomique et le pourcentage d’occurrence ont été utilisés pour déterminer la structure et la dynamique du peuplement de macroinvertébrés. Le pourcentage d’occurrence est définie par la formule suivante : %OF = (pi / P) × 100, avec pi : nombre d’échantillons où l’espèce i apparaît et P : nombre total d’échantillons dans un milieu. La classification des taxons sur la base de leur pourcentage d’occurrence a été faite selon Dajoz (2000) : %OF ≥ 50 : taxon constant ; 25 ≤ %OF ˂ 50 : taxon accessoire et %OF ˂ 25 : taxon accidentel. Les variations spatio- temporelles de la richesse spécifique ont été évaluées par le test U de Mann-Whitney et le test de Kruskall-Wallis a été utilisé pour comparer l’abondance des différentes espèces entre les différentes stations. L’ANOVA a permis d’évaluer le degré de significativité des variations spatio- temporelles des catégories écologiques.
Pour l’évaluation de la qualité de l’eau, deux indices biotiques ont été utilisés (Tableau II) : le Groupe de travail sur le suivi biologique (BMWP) et le Score moyen par taxon (ASPT).
Le score BMWP permet d’apprécier le niveau de sensibilité de chaque taxon à la pollution, offrant ainsi une estimation fiable du stress écologique subi. Il se calcule comme la somme des scores attribués à chaque famille de macroinvertébrés identifiée :
BMWP = ∑_(i=1)^n▒Si
Avec :
Si, score attribué à la famille i,
n, nombre total de familles présentes.
L’ASPT correspond à la moyenne des valeurs BMWP et fournit une indication synthétique de l’état écologique du site. Il est obtenu en divisant la valeur totale du BMWP par le nombre de familles ayant contribué à son calcul (Walley & Hawkes, 1996) (Tableau II) :
ASPT = BMWP / n
Les familles faiblement tolérantes à la pollution obtiennent généralement des scores élevés, tandis que les familles plus résistantes présentent des valeurs plus faibles (Walley & Hawkes, 1996 ; 1997).

Tableau 2: Classes de qualité de l’eau définies à partir des indices BMWP et ASPT (Zamora-Muñoz, et al.,1995)
Classes Catégorie BMWP ASPT Interprétation
I Très bien >100 >7 Non polluée ou sans impact
II Bien 71 – 100 6 – 6,9 Propre, mais légèrement polluée
III Modéré 41 – 70 5 – 5,9 Modérément polluée
IV Médiocre 11 – 40 4 – 4,9 Polluée
V Très médiocre 0 – 10 0 – 3,9 Fortement polluée

RESULTATS

Composition et structure des taxons
Richesse taxonomique : Huit cents soixante-douze (872 individus) de macroinvertébrés ont été́ échantillonnées dans l’ensemble des quatre stations prospectées. Ces individus appartiennent à trois grandes classes zoologiques: Insectes, Arachnides et Gastéropodes, regroupant 8 ordres et 18 familles. La classe dominante est celle des Insectes, avec 670 individus (76,8%) de l’effectif total, suivie des Gastéropodes avec 151 individus (17,3%) et des Arachnides avec 51 individus (soit 5,8%) (Figure 3). Parmi les Insectes, les plus diversifiés, on recense quatre ordres: Hémiptères, Odonates, Ephéméroptères et Orthoptères, regroupant au total 13 familles. Parmi eux, l’ordre des Hémiptères est plus représenté, avec une abondance totale de 369 individus, soit (42,3%) de l’ensemble des macroinvertébrés répartis dans plusieurs familles telles que les Gerridae Naucoridae et Veliidae. Il est suivi par les Odonates avec 212 individus (24,3%) appartenant aux familles Coenagrionidae, Gomphidae et Libellulidae. Les Ephéméroptères représentent 73 individus (8,4%), tous issus de la famille Leptophlebiidae, tandis que les Orthoptères sont faiblement représentés avec 16 individus (1,8%) de la famille des Gryllidae. Les Gastéropodes, bien que moins abondants, présentent une certaine diversité et sont répartis en trois ordres : les Littorinimorphes, les Basommatophores et les Coenogastéropodes, représentant respectivement (4,6%), (0,7%) et (12%) de l’abondance totale. Les familles les plus représentées sont les Thiaridae (Melanoides tuberculata) et Tomichiidae (Tomichia zwellendamensis),. Enfin, les Arachnides sont exclusivement représentés par l’ordre Aranéides, avec 51 individus (5,8%). On y retrouve principalement les genres Thalassius et Tetragnatha, répartis dans les familles Pisauridae et Tetragnathidae.

Figure 3. Constitution des classes dans la richesse taxonomique des macroinvertébrés inventoriés

Occurrences des taxons: L’analyse des occurrences des macroinvertébrés aquatiques montre que les taxons récoltés aux différentes stations d’échantillonnage se répartissent en deux catégories : les taxons accessoires et les taxons constants (Tableau 3). Sur l’ensemble des taxons récoltés, sept sont présents dans toutes les stations : Thalassius radiatolineatus, Thraulus sp., Ranatra sp., Diplonychus sp., Aquarius sp.%

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