Journal of Applied Biosciences 224: 24938 – 24951
ISSN 1997-5902
Evaluation de performance agronomique d’accessions de Panicum maximum et de Brachiaria spp dans les exploitations d’élevage au Nord-Est du Bénin
Assouan Gabriel Bonou1,3*, Alain Sèakpo Yaoitcha1, Kadidjatoulaï Opéyemi Badarou2, Guirguissou Maboudou Alidou1, Kocou Aimé Edenakpo2, Thierry D. Houehanou4
1Institut National des Recherches Agricoles du Bénin, Centre de Recherches Agricoles Nord-Est, 01 BP 884, Cotonou, Bénin
2Institut National des Recherches Agricoles du Bénin, Centre de Recherches Agricoles en Production Animale et Halieutique, 01 BP 884, Cotonou, Benin
3Laboratoire de Biotechnologie Animale et de Technologie des Viandes, Département de Production et Santé Animales, Ecole Polytechnique d’Abomey-Calavi, Université d’Abomey-Calavi, Abomey-Calavi, 01 BP 2009, Cotonou Bénin
4Laboratoire d’Ecologie, de Botanique et de Biologie Végétale, Faculté d’Agronomie de l’Université de Parakou, Bénin ; BP 123, Parakou, Benin.
*Auteur correspondant : Assouan Gabriel Bonou; E-mail : assougabi@yahoo.fr; Téléphone 0196111548
Submitted 31/10/2025, Published online on 30/09/2026 in the https://www.m.elewa.org/journals/journal-of-applied-biosciences-about-jab/ https://doi.org/10.35759/JABs.224.2
RESUME
Introduction : Face au défi de bien nourrir les animaux, l’introduction de nouvelles espèces fourragères devient nécessaire pour améliorer la disponibilité fourragère au Bénin.
Objective : L’étude visait à évaluer les performances agronomiques de six accessions de graminées fourragères (trois Panicum maximum et trois Brachiaria spp) comparées à un témoin local (Panicum maximum cv C1) sur deux sites de Recherche-développement (R-D) au Nord-Est du Bénin.
Méthodologie et résultats : Le dispositif expérimental était constitué de blocs aléatoires complets avec trois répétitions installés chez quatre éleveurs, sans apport d’engrais. Les données des paramètres de production ont été collectées et une analyse de variance, avec l’accession comme source de variation, a été faite dans le logiciel R suivie de test de Dunnett à un seuil 5% de significativité. Les résultats ont montré que la production de biomasse de Brachiaria ruziziensis cv Piata (6,6 kg/m²), Brachiaria hybrid cv Cayman (6,1 kg/m²), Panicum maximum cv Massaï (5,7 kg/m²) et Panicum maximum cv Mombasa (5,2 kg/m²) a augmenté de 100% à 154% (p<0,001) par rapport à celle du témoin (2,6 kg/m²). Une pareille tendance a été observée pour la production de biomasse 30 jours après la première coupe. Les périodes de floraison variaient significativement de 28,2 à 36,5 jours après plantation. Par contre, les différences de hauteur des plants (121-140 cm), de taux de survie (63-88,9%) et de nombre de tiges florifères n’ont pas été significatives.
Conclusion et applications des résultats : En conclusion, B. ruziziensis cv Piata, B. hybrid cv Cayman, P. maximum cv Massaï et Panicum maximum cv Mombasa sont particulièrement prometteuses pour améliorer la disponibilité fourragère dans la région. La diversité des cycles de développement offre des opportunités pour une gestion échelonnée des pâturages. Les études complémentaires sur la valeur nutritive, l’acceptabilité par le bétail et la performance des animaux assureront l’adoption à grande échelle des meilleures accessions.
Mots clés : Graminées fourragères ; production de biomasse ; alimentation, bétail
Evaluation of agronomic performance of Panicum maximum and Brachiaria spp accessions in livestock farms in Northeast Benin
ABSTRACT
Introduction: Facing the challenge of well feeding animals, the introduction of new forage species becomes necessary to improve forage availability in Benin.
Objective: The study aimed to evaluate the agronomic performances of six forage grass accessions (three Panicum maximum and three Brachiaria spp) compared to a local control (Panicum maximum cv C1) at two Research and Development (R-D) sites in Northeast Benin.
Methodology and result: A randomized complete block design with three replications was installed by four livestock farmers, without fertilizer using. Data on production parameters were collected and an analysis of variance, with accession as the source of variation, was performed in R software followed by Dunnett’s test at a 5% significance level. The biomass production of Brachiaria ruziziensis cv Piata (6.6 kg/m²), Brachiaria hybrid cv Cayman (6.1 kg/m²), Panicum maximum cv Massaï (5.7 kg/m²) and Panicum maximum cv Mombasa (5.2 kg/m²) increased from 100% to 154% (p<0.001) compared to that of the control (2.6 kg/m²). This same trend was observed for biomass production 30 days after the first cut. Flowering periods varied significantly from 28.2 to 36.5 days after planting. However, differences in plant height (121-140 cm), survival rates (63-88.9%), and number of flowering stems were not significant.
Conclusion and applications of results: In conclusion, B. ruziziensis cv Piata, B. hybrid cv Cayman, P. maximum cv Massaï, and Panicum maximum cv Mombasa are particularly promising for improving forage availability in the region. The diversity of development cycles gives opportunities for phased pasture management. Additional studies on nutritional value, livestock acceptability, and animal performance will ensure widespread adoption of the best accessions.
Keywords: Forage grasses; biomass production; feed, livestock
INTRODUCTION
Le secteur agricole occupe une place prépondérante dans l’économie du Bénin et contribue en moyenne pour 27% au PIB national, représente environ 76% des recettes d’exportation et assure près de 16,3% des revenus de l’État, tout en garantissant la sécurité alimentaire de la population (DSA, 2024). L’élevage, représente la deuxième activité économique après l’agriculture avec la part moyenne de la valeur ajoutée des branches élevage et chasse au secteur primaire qui est de 13,3% de 2018 à 2023 (DSA, 2024). Cependant, le secteur élevage fait face à des défis majeurs, principalement liés à l’alimentation animale. En effet, l’exploitation du cheptel bovin et des petits ruminants repose essentiellement sur des pâturages naturels et des résidus de récolte limités. La recherche de ressources alimentaires pour les animaux entretient des déplacements de troupeaux, la transhumance et des conflits entre agriculteurs et éleveurs comme conséquences. Ainsi, les modes traditionnels d’alimentation des ruminants n’assurent pas la disponibilité des ressources alimentaires dans le temps et de plus, créent des problèmes sociaux et limitent la productivité des animaux. Face aux enjeux, le gouvernement béninois a prévu dans son Plan d’Action visant à moderniser les outils et méthodes de production au profit des filières agricoles et pastorales trois défis majeurs pour le développement du secteur agricole à savoir la couverture des besoins alimentaires, l’accroissement des revenus, et l’amélioration de l’attractivité de l’activité agricole et du milieu rural. Ainsi, diverses actions en faveurs de la sédentarisation et de la disponibilité de ressources fourragères toute l’année sont entreprises. Des études sur les méthodes de contrôle des espèces exotiques dites indésirables et très envahissantes comme Hyptis suaveolens qui infeste le pâturage et compromet la disponibilité de ressource alimentaire pour les animaux sont entreprises (Yaoitcha et al., 2025). En vue de remédier à la disponibilité limitée des fourrages et des semences fourragères de qualité tout au long de l’année, le projet ProSOL, qui a introduit une collection d’accessions de graminées du CIAT Kenya en 2018. Cette collection, composée de sept accessions de Brachiaria spp et quatre de Panicum maximum, a été implantée à Akouessa (Abomey) puis transférée au Centre de Recherches Agricoles Nord-Est d’Ina en 2019 pour multiplication et évaluation. Dans ce cadre, une étude comparative des performances de croissance et de développement de graminées fourragères face au stress hydrique a été réalisée au Centre et au Nord-Bénin et a montré que suite à des études complémentaires, certaines accessions peuvent être utilisées afin de promouvoir à grande échelle des parcelles fourragères et diversifier le panier fourrager (Fagbédji et al., 2024). C’est ainsi que la présente étude sur l’évaluation de performances de production d’accessions de Panicum maximum et de Brachiaria spp dans les exploitations d’élevage au Nord-Est du Bénin a été initiée. Elle vise à identifier les accessions les mieux adaptées et les plus productives, ouvrant ainsi la voie à des possibilités d’amélioration des ressources fourragères dans la région.
MATERIEL ET METHODES
Milieu d’étude :L’essai a été conduit sur deux sites Recherche-Développement de l’Institut National des Recherches Agricoles du Bénin (INRAB) à savoir les sites de Badou (Gogounou) et de Kokey (Banikoara) (Figure 1). Banikoara et Gogounou sont deux communes du Nord-Bénin situées dans le département de l’Alibori. Elles présentent des caractéristiques géographiques et climatiques similaires. Le relief est composé principalement de plaines et plateaux, avec quelques collines. Le climat est de type soudano-guinéen avec une saison des pluies allant de mai à octobre et une saison sèche allant de novembre à avril. La pluviométrie annuelle est d’environ 1000-1100 mm. La végétation est composée de savanes arborées et arbustives, avec la présence de forêts-galeries le long des cours d’eau. Les deux communes ont une économie basée sur l’agriculture (coton) et l’élevage, avec un fort potentiel agricole mais des contraintes liées à la dégradation des ressources naturelle
Figure 1 : Localisation des sites d’expérimentation
Dispositif expérimental : Les essais ont été installés auprès de quatre (04) éleveurs à raison de deux (02) par site. Au sein de chaque exploitation d’élevage, un dispositif de Bloc Aléatoire Complet (BAC) comportant sept (07) traitements (figure 2 et 3) répétées trois (3) fois (figure 4), a été installé. Chaque parcelle élémentaire a une superficie de 9 m² soit 3mx3m de côté. Il s’est agi de :
- T0: Panicum maximum cv C1 ;
- T1: Panicum maximum cv Tanzania ;
- T2: Panicum maximum cv Mombasa ;
- T3: Panicum maximum cv Massaï ;
- T4: Brachiaria hybrid cv Cayman ;
- T5: Brachiaria hybrid cv Cobra ;
- T6: Brachiaria ruziziensis cv Piata.
| Panicum maximum cv C1 | Panicum maximum cv Tanzania |
| Panicum maximum cv Mombasa | Panicum maximum cv Massaï |
| Figure 2 : Accessions de Panicum maximum |
| Brachiaria hybrid cv Cayman | Brachiaria hybrid cv Cobra |
| Brachiaria ruziziensis cv Piata | |
| Figure 3 : Accessions de Brachiaria |
Figure 4 : Dispositif expérimental chez un éleveur en milieu paysan.
Le bloc était constitué de sept (07) parcelles élémentaires espacées entre elles de 1,5 m. Les blocs étaient espacés par une allée de 2 m et une allée périphérique de 2 m entourait le dispositif. Dans chaque parcelle élémentaire, 16 touffes ou éclats de souche ont été installés avec un écartement de 1 m de part et d’autre.
Conduite de l’essai : Avant l’installation des essais, le domaine identifié pour abriter le dispositif a subi une préparation correcte du sol (nettoyage, labour et nivellement). Les parcelles ont été installées en début de saison pluvieuse en juillet. Deux sarclages ont été faits dans le cadre de l’entretien des parcelles. Le premier sarclage a été fait 1 mois après l’installation de l’essai et le second est intervenu après un état d’enherbement jugé gênant par l’éleveur. Aucun engrais n’a été apporté sur les parcelles.
Collecte de données et analyse statistique : Les données suivantes ont été collectées au cours du développement des plants : la date de plantation ; la date de reprise ; la date début floraison ; la date fin floraison ; la hauteur des plants (cm) ; le poids de biomasse fraîche à maturité (kg) ; le poids de biomasse fraîche 30 jours après la première coupe à maturité (kg) ; le nombre de plants vivants et le nombre moyen total de tiges florifères.
Les données ont été soumises à une analyse de variance (ANOVA) suivie du test de Dunnett pour comparer les accessions au témoin local (T0) avec un seuil de signification fixé à 5%.
RESULTATS
Phénologie et développement : Les résultats ont révélé des différences dans le développement des diverses accessions de graminées fourragères (Tableau 1). La reprise après plantation a varié de 12 à 15,5 jours en moyenne. Parmi les accessions, T0 (P. maximum cv C1) et T4 (B. hybrid cv Cayman) se sont distinguées par leur reprise particulièrement rapide, nécessitant seulement 12 jours. À l’opposé, T5 (B. hybrid cv Cobra) a montré la reprise la plus lente, avec 15,5 jours. En ce qui concerne la floraison, des variations notables ont été observées entre les accessions (Tableau 1). Le début de la floraison est survenu entre 28,2 jours (T0 : P. maximum cv C1) et 36,5 jours (T2 : Panicum maximum cv Mombasa ) après la plantation. T0 (P. maximum cv C1) s’est distingué par sa floraison précoce. La fin de la floraison s’est étalée sur une période allant de 37,5 jours (T0) à 45,5 jours (T2 : Panicum maximum cv Mombasa et T3 : Panicum maximum cv Massaï) après la plantation.
Croissance et production de biomasse : En termes de croissance végétative, aucune différence significative n’a été observée dans la hauteur des plants entre les accessions (Tableaux 2 et 3). Les hauteurs moyennes variaient de 121 cm (T4 : Brachiaria hybrid cv Cayman et T6 B. ruziziensis cv Piata) à 140 cm (T2 Panicum maximum cv Mombasa ). Cependant, des différences significatives (p<0,001) ont été constatées dans la production de biomasse fraîche à maturité. Les quantités les plus élevées de biomasse fraiche ont été obtenues chez les accessions T6 (B. ruziziensis cv Piata) avec 6,6kg/m², T4 (B. hybrid cv Cayman) avec 6,1kg/m², T3 (P. maximum cv Massaï) avec 5,7 kg/m², et T2 (P. maximum cv Monbassa) avec 5,2 kg/m². Ces quatre accessions ont produit significativement plus de biomasse que le témoin T0 (2,6 kg/m²), avec des augmentations allant de 100% à 154%. La production de biomasse fraîche 30 jours après la première coupe a également montré des différences significatives (p<0,001). T6 (4,1 kg/m²), T3 (3,4 kg/m²), et T4 (3,3 kg/m²) ont maintenu une production significativement supérieure à T0 (1,5 kg/m²) (Tableaux 2 et 3).
Taux de survie et reproduction : Bien qu’aucune différence significative n’ait été observée dans les taux de survie, une variabilité importante a été notée. T3 (P. maximum cv Massaï) a eu la tendance la plus élevée de taux de survie (88,9%), tandis que T0 (témoin) avait la plus petite valeur (63%) (Tableaux 2 et 3). En ce qui concerne la reproduction, aucune différence significative n’a été également observée dans le nombre moyen de tiges florifères, avec des moyennes variant de 2,7 (T3) à 3,3 (T0) tiges florifères par plant (Tableaux 2 et 3).
Tableau 1. Caractéristiques de temps de reprise et de floraison des accessions de Brachiara et de Panicum dans les exploitations d’élevage
| Traitements | Nombre de jours de la plantation à la reprise | Nombre de jours de la plantation au début de la floraison | Nombre de jours de la plantation à la fin de la floraison | ||||||
| Moy | Mini | Maxi | Moy | Mini | Maxi | Moy | Mini | Maxi | |
| T0 | 12,0 | 12,0 | 12,0 | 28,2 | 22,0 | 30,0 | 37,5 | 36,0 | 39,0 |
| T1 | 14,0 | 12,0 | 15,0 | 35,5 | 35,0 | 36,0 | 44,0 | 43,0 | 45,0 |
| T2 | 14,5 | 14,0 | 15,0 | 36,5 | 36,0 | 37,0 | 45,5 | 45,0 | 46,0 |
| T3 | 14,0 | 14,0 | 14,0 | 35,5 | 35,0 | 36,0 | 45,5 | 45,0 | 46,0 |
| T4 | 12,0 | 11,0 | 14,0 | 31,0 | 30,0 | 32,0 | 41,5 | 41,0 | 42,0 |
| T5 | 15,5 | 15,0 | 16,0 | 35,5 | 35,0 | 36,0 | 43,5 | 42,0 | 45,0 |
| T6 | 14,5 | 14,0 | 15,0 | 33,5 | 32,0 | 35,0 | 43,0 | 41,0 | 45,0 |
T0: Panicum maximum cv C1 ; T1: Panicum maximum cv Tanzania ; T2: Panicum maximum cv Mombasa ; T3: Panicum maximum cv Massaï ; T4: Brachiaria hybrid cv Cayman ; T5: Brachiaria hybrid cv Cobra ; T6: Brachiaria ruziziensis cv Piata.
Tableau 2. Variation des caractéristiques de production et de survie des accessions de Brachiara et de Panicum dans les exploitations d’élevage
| Paramètres | T0 | T1 | T2 | T3 | T4 | T5 | T6 | Significativité | |||||||
| Moy | DS | Moy | DS | Moy | DS | Moy | DS | Moy | DS | Moy | DS | Moy | DS | ||
| Hauteur des plants (cm) | 123,0 | 3,6 | 127,0 | 61,6 | 140,0 | 68,0 | 126,0 | 61,2 | 121,0 | 9,2 | 124,0 | 13,7 | 121,0 | 6,0 | NS |
| Poids de biomasse fraîche à maturité (kg/m2) | 2,6b | 0,4 | 3,3b | 0,5 | 5,2a | 1,2 | 5,7a | 1,3 | 6,1a | 1,5 | 3,7b | 1,0 | 6,6a | 1,5 | *** |
| Poids de biomasse fraîche 30 jours après la première coupe à maturité (kg/m2) | 1,5c | 0,4 | 1,5c | 0,4 | 2,9b | 0,8 | 3,4ab | 1,1 | 3,3ab | 0,7 | 2,1c | 0,6 | 4,1a | 1,1 | *** |
| Taux de survie % | 63,0 | 11,5 | 72,2 | 11,6 | 77,8 | 9,9 | 88,9 | 14,0 | 68,5 | 19,1 | 76,0 | 8,4 | 72,2 | 15,3 | NS |
| Nombre moyen de tiges florifères | 3,3 | 0,5 | 2,8 | 0,8 | 3,0 | 0,6 | 2,7 | 0,5 | 2,8 | 0,8 | 2,8 | 1,2 | 3,0 | 0,9 | NS |
T0: Panicum maximum cv C1 ; T1: Panicum maximum cv Tanzania ; T2: Panicum maximum cv Mombasa ; T3: Panicum maximum cv Massaï ; T4: Brachiaria hybrid cv Cayman ; T5: Brachiaria hybrid cv Cobra ; T6: Brachiaria ruziziensis cv Piata ; Moy : Moyenne ; DS : Déviation Standard ; NS : p>0,05
Tableau 3. Résultats de comparaison des caractéristiques de production et de survie des accessions de Brachiara et de Panicum dans les exploitations d’élevage avec le test de Dunnett
| Traitements | Hauteur des plants (cm) | Poids de biomasse fraîche à maturité (kg) | Poids de biomasse fraîche chaque 30jours (kg) | Taux de survie | Nombre moyen de tiges florifères |
| T1-T0 | NS | NS | NS | NS | NS |
| T2-T0 | NS | ** (+) | * (+) | NS | NS |
| T3-T0 | NS | *** (+) | * (+) | NS | NS |
| T4-T0 | NS | *** (+) | ** (+) | NS | NS |
| T5-T0 | NS | NS | NS | NS | NS |
| T6-T0 | NS | *** (+) | ** (+) | NS | NS |
T0: Panicum maximum cv C1 ; T1: Panicum maximum cv Tanzania ; T2: Panicum maximum cv Mombasa ; T3: Panicum maximum cv Massaï ; T4: Brachiaria hybrid cv Cayman ; T5: Brachiaria hybrid cv Cobra ; T6: Brachiaria ruziziensis cv Piata ; NS : p>0,05
DISCUSSION
Phénologie et développement : Les caractéristiques phénologiques constituent des indicateurs essentiels de l’adaptation écologique et de la productivité des graminées fourragères tropicales (Jank et al., 2014 ; Njarui et al., 2023). Elles déterminent la rapidité d’établissement des peuplements, la durée du cycle végétatif ainsi que la capacité à produire de la biomasse et des semences de qualité. En effet, les différences de reprise après plantation, bien que faibles, peuvent influencer la vitesse d’établissement des pâturages et, par conséquent, leur compétitivité vis-à-vis des adventices. Dans la présente étude, les durées de reprise observées (12 à 15,5 jours) traduisent une variabilité génétique intéressante pour la sélection de génotypes à établissement rapide, capables de mieux s’adapter aux conditions de stress hydrique initial. Ces résultats sont en lien avec ceux obtenus par Souza et al. (2022) au Brésil, qui ont montré que les variétés de Megathyrsus maximus (syn. Panicum maximum) diffèrent significativement dans leur vitesse d’installation selon la texture du sol et la disponibilité en eau. La floraison précoce observée chez P. maximum cv C1 (28,2 jours) constitue un avantage pour une production rapide de semences, répondant aux besoins des programmes semenciers locaux. Toutefois, ce caractère pourrait limiter la durée du cycle végétatif et réduire la production de biomasse (Silva et al., 2021). À l’inverse, P. maximum cv Monbassa et cv Massaï, présentant des floraisons plus tardives (36–45 jours), prolongent la phase végétative et favorisent ainsi une accumulation plus importante de matière sèche, comme l’ont également rapporté Tomich et al. (2022) sur des cultivars de Brachiaria brizantha. La variabilité des cycles de développement entre accessions offre une opportunité agronomique majeure pour la gestion échelonnée des pâturages. Les accessions à floraison précoce peuvent être exploitées en début de saison pour produire un fourrage de qualité, tandis que celles à floraison tardive assurent une disponibilité continue en biomasse durant les périodes de forte demande. Cette diversité phénologique, déjà mise en évidence par Cook et al. (2005) et confirmée récemment par Azevedo et al. (2023), constitue un atout pour le développement d’outils de sélection et de planification adaptés à la production durable de fourrages tropicaux. Ces différences phénologiques, souvent corrélées à la plasticité morpho-physiologique, confirment l’importance de diversifier les cultivars dans les systèmes pastoraux afin d’accroître la résilience face aux stress climatiques (Fernandes et al., 2020 ; Andrade et al., 2021).
Croissance et production de biomasse : La similitude en hauteur suggère que toutes les accessions sont similairement adaptées aux conditions locales en termes de croissance végétative. Tout comme dans notre étude, Fagbédji et al. (2024) n’ont pas aussi observé un effet significatif de l’accession sur la hauteur moyenne des touffes chez les accessions de Bachiaria et de Panicum à Kassakou et à Miniffi. Les accessions de Brachiaria (T6 : B. ruziziensis cv Piata et T4 : B. hybrid cv Cayman) et certaines de Panicum (T3 : P. maximum cv Massaï) et T2 : P. maximum cv Monbassa) ont un potentiel de production de biomasse nettement supérieur au témoin (P. maximum cv C1 qui était bien connu des éleveurs pour sa grande productivité), tant à maturité qu’en repousse. Ces résultats sont cohérents avec ceux d’Euclides et al. (2009), qui ont observé des variations significatives de production de biomasse entre différentes variétés de Brachiaria brizantha. Cette variabilité de la production de biomasse entre les espèces de Brachiaria corrobore les observations de Martuscello et al. (2009), quand bien même leur étude porte sur les effets de l’ombrage. Dans une étude d’évaluation de 9 écotypes de Panicum maximum au Centre du Bénin, tout comme dans notre étude, Adjolohoun et al. (2013) avaient enregistré des variations de production entre les écotypes. Ils avaient noté une meilleure production chez 3 écotypes qui pourraient être récoltés selon un régime de 5-6-5 semaines. Fagbédji et al. (2024) a aussi rapporté de différences de production de biomasse entre accessions et ont conclu que Brachiaria hybrid cv. Mulato 2 et Panicum maximum cv. C1 à Minifi Brachiaria decumbens cv. Basilisk et Panicum maximum cv. Mombasa se sont démarquées par leur productivité meilleures pendant la sècheresse. Les nouvelles accessions de Brachiaria (T6 : B. ruziziensis cv Piata et T4 : B. hybrid cv Cayman) et de Panicum (T3 : P. maximum cv Massaï et T2 : P. maximum cv Monbassa) ayant une performance de production de biomasse meilleure que P. maximum cv C1 dans notre étude, ces accessions sont particulièrement prometteuses pour l’amélioration de la productivité des pâturages dans la région.
Taux de survie et reproduction : Les variations du taux de survie observées entre les accessions, bien que non significatives statistiquement, traduisent des différences potentielles d’adaptation aux conditions pédoclimatiques locales. Panicum maximum cv Massaï et Brachiaria ruziziensis cv Piata ont montré des taux de survie supérieurs (jusqu’à 88,9 %), suggérant une meilleure tolérance au stress hydrique et aux contraintes édaphiques. Cette tendance confirme les résultats de Guenni et al. (2002), qui ont mis en évidence une variabilité de survie entre espèces de Brachiaria soumises à la sécheresse, et elle est renforcée par les travaux récents de Díaz-García et al. (2021) montrant la robustesse de Brachiaria spp. sous déficit hydrique grâce à une meilleure allocation des ressources racinaires. La similarité observée dans le nombre de tiges florifères entre les accessions indique une capacité de reproduction sexuée comparable, donc un potentiel équivalent de production de semences. Ce facteur est essentiel pour la régénération naturelle et la pérennité des peuplements dans les systèmes de pâturage locaux. Ces résultats sont en adéquation avec les observations de Hare et al. (2007) sur la production de semences chez les cultivars hybrides de Brachiaria, ainsi que celles de Cruz et al. (2023) au Mexique sur Brachiaria hybrid cv Mulato II, où la densité de panicules n’était pas corrélée à la biomasse, mais plutôt à la stabilité des populations dans le temps. L’absence de différences significatives dans la hauteur des plants, associée à des taux de survie élevés et à des performances reproductives homogènes, confirme une bonne adaptation générale des accessions aux conditions de l’écosystème soudano-guinéen. Ces résultats concordent avec les conclusions de Fagbédji et al. (2024), obtenues dans des contextes écologiques similaires. En somme, la combinaison d’un taux de survie satisfaisant, d’une reproduction stable et de performances phénologiques et productives intéressantes fait de B. ruziziensis cv Piata, B. hybrid cv Cayman, P. maximum cv Monbassa et P. maximum cv Massaï des candidats de choix pour le renforcement des systèmes fourragers durables au Bénin et, plus largement, en Afrique de l’Ouest.
Implications pour les systèmes d’élevage locaux : Les résultats de cette étude ont des implications importantes pour l’amélioration des systèmes d’élevage dans le Nord-Est du Bénin qui se présentent ainsi qui suit :
- Augmentation de la production fourragère : Les accessions B. ruziziensis cv Piata, hybrid cv Cayman, et P. maximum cv Massaï et P. maximum cv Monbassa offrent un potentiel considérable pour augmenter la disponibilité de fourrage, produisant plus du double de biomasse que le témoin local. Cela pourrait significativement améliorer la capacité de charge des pâturages et la productivité des élevages. Ces résultats corroborent avec les observations de Ndikumana & de Leeuw (1996) sur l’adaptabilité et la productivité des espèces de Brachiaria dans différents environnements africains.
- Diversification des ressources fourragères : L’introduction de ces nouvelles accessions pourrait diversifier les options de fourrage disponibles pour les éleveurs, améliorant potentiellement la résilience des systèmes d’élevage face aux variations climatiques, une stratégie soulignée par Njarui et al. (2011) comme importante pour les systèmes d’élevage à petite échelle en Afrique de l’Est. En effet, la diversité des cycles de développement permet une meilleure adaptation aux variations climatiques : i) Les accessions à cycle court peuvent être utilisées dans les zones ou les périodes à saison des pluies plus courte comme l’Extrême Nord-Bénin et le Centre et Sud-Bénin. ii) les accessions à cycle long peuvent exploiter pleinement les saisons des pluies plus longues ou les zones plus humides. De plus, la diversité des accessions et de leurs cycles de développement augmente la résilience du système fourrager, c’est-à-dire que si une accession est affectée par des conditions défavorables (sécheresse, maladies), les autres peuvent compenser, réduisant ainsi le risque de pénurie fourragère totale.
- Gestion des pâturages : Les différences observées dans les cycles de développement des accessions étudiées offrent de nouvelles opportunités pour une gestion plus flexible et efficace des pâturages. Boonman (1993) a souligné l’importance de telles stratégies de gestion pour optimiser l’utilisation des graminées fourragères en Afrique de l’Est. La diversité génétique et phénotypique observée dans notre étude, similaire à celle décrite par Keller-Grein et al. (1996) pour le genre Brachiaria, offre des opportunités pour une gestion adaptative des pâturages. Cette flexibilité peut se manifester de plusieurs façons :
- Étalement de la production fourragère :Les accessions présentent des périodes de floraison variées, allant de 28,2 jours ( maximum cv C1) à 36,5 jours (Panicum maximum cv Monbassa) pour le début de la floraison, et de 37,5 jours (P. maximum cv C1) à 45,5 jours (P. maximum cv Monbassa et P. maximum cv Massaï) pour la fin de la floraison. Cette diversité permet de créer un système de pâturage échelonné où : i) Les accessions à floraison précoce (comme P. maximum cv C1) peuvent fournir un fourrage de qualité plus tôt dans la saison ; ii) Les accessions à floraison tardive (comme (P. maximum cv Monbassa et P. maximum cv Massaï) peuvent prolonger la disponibilité de fourrage de haute qualité plus tard dans la saison.
- Optimisation de la qualité nutritionnelle :La qualité nutritionnelle des graminées tend à diminuer après la floraison. En ayant des accessions avec des périodes de floraison différentes, les éleveurs peuvent : i) Organiser la rotation des pâturages pour maximiser l’utilisation du fourrage au stade végétatif optimal pour chaque accession, ii) Planifier la fauche ou le pâturage de chaque parcelle au moment où la valeur nutritive est la plus élevée.
- Adaptation locale : Le bon taux de survie et la croissance similaire en hauteur de toutes les accessions suggèrent une bonne adaptation aux conditions locales, un facteur crucial pour l’adoption à long terme par les éleveurs.
CONCLUSION ET APPLICATION DES RESULTATS
Cette étude a permis d’identifier des accessions de graminées fourragères adaptées aux conditions du Nord-Est du Bénin et présentant de meilleures performances que le témoin Panicum maximum cv C1, bien connu des éleveurs. Brachiaria ruziziensis cv Piata, Brachiaria hybrid cv Cayman et Panicum maximum cv Massaï se sont particulièrement distinguées par leur production de biomasse élevée. Ces résultats suggèrent que ces accessions pourraient être recommandées pour améliorer la disponibilité et la qualité du fourrage dans les exploitations d’élevage de la région. Cependant, des études complémentaires sur la valeur nutritive et l’acceptabilité par le bétail seraient nécessaires pour confirmer leur potentiel d’adoption à grande échelle.
REMERCIEMENT
Les auteurs remercient l’Institut National des Recherches Agricoles du Bénin pour avoir financé l’étude. Ils remercient également les producteurs expérimentateurs et les techniciens de recherche qui ont collaboré dans la réalisation de ce travail
CONFLIT D’INTERET
Les auteurs affirment n’avoir aucun conflit d’intérêt avec la publication de ce manuscrit.
CONTRIBUTION DES AUTEURS
Ce travail a été réalisé en collaboration avec tous les auteurs. Tous les auteurs ont lu et approuvé le manuscrit final.
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Adjolohoun S, Dahouda M, Adandedjan C, Toleba SS, Kindomihou V, Sinsin B, 2013. Evaluation of biomass production and nutritive value of nine Panicum maximum ecotypes in Central region of Benin.
African Journal of Agricultural Research, 8(17): 1661–1668.
Andrade CMS, Ramos X, Silva Y, 2021. Phenological adaptation of tropical forages to climate variabilityin Sub-Saharan Africa. Tropical Grasslands – Forrajes Tropicales, 9 (2): 87–99.
Azevedo JL, Oliveira PR, Santos M, 2023. Growth dynamics and forage accumulation in Panicum
and Brachiaria cultivars under tropical conditions. Grass and Forage Science, 78(1): 56–68.
Boonman JG, 1993. East Africa’s grasses and fodder legumes: their ecology and husbandry. FAO, Rome.
Cook BG, Pengelly BC, Brown SD, Donnelly JL, Eagles DA, Franco MA, Schultze-Kraft R, 2005. Tropical
Forages : An interactive selection tool. CSIRO, DPI&F (Qld), CIAT & ILRI, Brisbane, Australia.
Cruz JA, Hernández M, Pérez L, 2023. Seed production and reproductive behavior of Brachiaria hybrids in tropical drylands. Tropical Animal Health and Production, 55 (3): 196.
Díaz-García L, Fernández CR, Morales A, Rojas D, 2021. Physiological responses and drought tolerance mechanisms in Brachiaria grasses. Crop Science, 61 (2): 945–958.
DSA (Direction des Statistiques Agricoles). (2024). Les chiffres définitifs de la campagne agricole 2023
- Disponible sur https://dsa.agriculture.gouv.bj/statistics/vegetale
Euclides VPB, Macedo MCM, Valle CB, Difante GDS, Barbosa RA, Cacere ER, 2009. Valor nutritivo da forragem e produção animal em pastagens de Brachiaria brizantha. Pesquisa Agropecuária Brasileira, 44 (1): 98–106.
Fagbédji R, Fossou S, Yaoitcha AS, Houehanou TD, Houèdokoho A.F, Allagbé CF, Houessou L,
Gouwakinnou G, Natta A, 2024. Comparaison des performances de croissance et développement de graminées fourragères face au stress hydrique au Centre et au Nord-Bénin. Bulletin de la Recherche Agronomique du Bénin, 34 (04): 91–109.
Fernandes FD, Silva RA, Pereira J, 2020. Morphophysiological plasticity of tropical grasses in response to water deficit. Agronomy, 10 (8): 1156.
Guenni O, Marín D, Baruch Z, 2002. Responses to drought of five Brachiaria species. I. Biomass
production, leaf growth, root distribution, water use and forage quality. Plant and Soil, 243(2): 229- 241.
Hare MD, Tatsapong P, Saipraset K, 2007. Seed production of two Brachiaria hybrid cultivars in north east Thailand. Tropical Grasslands, 41(1) : 35.
Jank L, Barrios SC, do Valle CB, Simeão RM, Alves GF, 2014. The value of improved pastures to Brazilian beef production. Crop and Pasture Science, 65(11): 1132-1137.
Keller-Grein G, Maass BL, Hanson J, 1996. Natural variation in Brachiaria and existing germplasm collections. In J.W. Miles, B.L. Maass & C.B. do Valle (Eds.), Brachiaria: Biology, agronomy, and improvement , pp. 16-42). CIAT.
Martuscello JA, Jank L, Gontijo Neto MM, Laura VA, Cunha DDNFV, 2009. Produção de gramíneas do género Brachiaria sob níveis de sombreamento. Revista Brasileira de Zootecnia, 38 (7): 1183-1190.
Ndikumana J. and de Leeuw PN, 1996. Regional experience with Brachiaria: Sub-Saharan Africa. In J.W.
Miles, B.L. Maass & C.B. do Valle (Eds.), Brachiaria: Biology, agronomy, and improvement (pp. 247-257). CIAT.
Njarui DMG, Gatheru M, Wambua JM, Nguluu SN, Mwangi DM, Keya GA, 2011. Feeding management for dairy cattle in smallholder farming systems of semi-arid tropical Kenya. Livestock Research for Rural Development, 23(5).
Njarui DMG, Muriuki J, Wambua JM, Mwangi DM, Gatheru M, 2023. Forage improvement and utilization in smallholder livestock systems in Africa: recent advances and future prospects. Frontiers in Sustainable Food Systems, 7 : 1120782.
Silva TC, Martuscello JA, Lins HA, 2021. Phenological behavior and forage yield of Panicum maximum cultivars under water stress. Journal of Agricultural Science, 13 (4) : 144–156.
Souza JR, Oliveira EA, Santos DF, 2022. Establishment and growth performance of Megathyrsus maximus cultivars under contrasting soil textures in tropical regions. Journal of Arid Environments, 200 : 104722.
Tomich TR, Silva DA, Rodrigues RC, 2022. Biomass accumulation and phenological synchronization in Brachiaria cultivars under tropical management systems. Grassland Science, 68 (4) : 329-339.
Yaoitcha AS, Houehanou TD, Koutchoro AM, Hessou W, Djenontin AJ, Aboh AB, Houinato M, 2025. Étude comparée de l’efficacité de l’utilisation des éclats de souche et des graines de Panicum maximum C1 dans le contrôle de l’invasion par Hyptis suaveolens au Nord-Bénin. Revue d’Élevage et de Médecine
Vétérinaire des Pays Tropicaux, 78 (37007) : 1-10. DOI : 10.19182/remvt.37007