Typologie de la pêche sur le Lac de barrage Kan à Bouaké (Côte d’Ivoire, Afrique de l’Ouest)

 

Journal of Applied Biosciences 225: 25044 – 25058

ISSN 1997-5902

 

Typologie de la pêche sur le Lac de barrage Kan à Bouaké (Côte d’Ivoire, Afrique de l’Ouest)

 

Koffi Kouakou Barthélemy1⁎, Kouakou Kouamé Augustin2, Anvo Morgane Paul Mangouana3, Edi N’Cho Rodolphe Christian2

1 Ecole Normale Supérieure (ENS), Département des Sciences et Technologie, Section Sciences de la vie et de la Terre, 08 BP 10 Abidjan 08, Côte d’Ivoire.

2 Unité Pédagogique et de Recherche en Hydrobiologie et Eco-technologie des Eaux, Laboratoire des Milieux Naturels et Conservation de la Biodiversité, UFR Biosciences, Université Félix Houphouët-Boigny, 22 BP 582 Abidjan 22, Côte d’Ivoire.

3 Centre National de Recherches Agronomiques (CNRA), Station de Recherche sur la Pêche et l’Aquaculture Continentales, 01BP 633 Bouaké 01, Côte d’Ivoire.

⁎ Auteur correspondant, E-mail : koffbarth@gmail.com ; Tél. : +225 0505797146/ 0769405053

 

Submitted 14/08/2026,  Published online on 31/10/2026 in the https://www.m.elewa.org/journals/journal-of-applied-biosciences-about-jab/      https://doi.org/10.35759/JABs.225.2

 

RESUME 

Objectif : Cette étude s’est fixée pour objectif d’évaluer l’activité de la pêche sur le lac de barrage Kan de Bouaké (Centre de la Côte d’Ivoire)

Méthodologie et Résultats : L’étude de l’activité de la pêche sur le lac de barrage Kan de Bouaké a consisté à administrer des questionnaires aux acteurs, à les observer et à les entretenir. La pêche pratiquée ici, est de type artisanal et constitue une activité secondaire. Les résultats ont montré que la pêche est dominée par les Ivoiriens (74,07 %). Les pêcheurs ont un âge entre 30 et 45 ans. Ils sont tous (n = 27) de sexe masculin. Les scolarisés occupent 78,57 % et les mariés, 74,07 %. Les pêcheurs ne sont pas organisés en coopérative et utilisent des engins individuels : les éperviers (7,14 %), les nasses (15 %), les lignes à main (17,85 %) et les filets maillants (60 %). La densité de pêcheurs sur ce lac est faible. Les résultats de cette étude constituent une base de données pour une gestion durable et efficace des ressources halieutiques.

Conclusion, application des résultats et recommandations : Ce travail a caractérisé l’activité de pêche sur le lac de barrage Kan à Bouaké. Les filets maillants à mailles non conseillées et le manque de professionnalisme des pêcheurs freinent une exploitation durable. Il est recommandé d’organiser les pêcheurs en coopérative, d’encadrer l’usage des filets maillants et de mettre en place un suivi permanent.

Mots clés : Engins de pêche, acteurs, poissons, pêche artisanale, gestion durable, Côte d’Ivoire.

 

 

 

 

 

 

Typology of fishing on the Kan dam lake in Bouaké (Côte d’Ivoire, West Africa)

 

ABSTRACT

Objectives: This study aimed to assess fishing activity on the Kan reservoir near Bouaké (central Côte d’Ivoire).

Methodology and Results: The study of fishing activity on the Kan reservoir in Bouaké involved administering questionnaires to stakeholders, as well as conducting observations and interviews. Fishing here is artisanal in nature and serves as a secondary activity. The results showed that the sector is dominated by Ivorians (74.07%). The fishermen are aged between 30 and 45, and all (n = 27) are male. 78.57% have received some schooling, and 74.07% are married. The fishermen are not organized into cooperatives and use individual gear: cast nets (7.14%), fish traps (15%), handlines (17.85%), and gillnets (60%). The density of fishermen on the lake is low. The study’s findings provide a database for the sustainable and effective management of fishery resources.

Conclusion, application of results and recommendations: This study characterized the fishery of the Kan dam reservoir at Bouaké. Non-recommended gillnet mesh sizes and fishers’ limited professionalism impede sustainable exploitation. Organizing fishers into a cooperative, regulating gillnet use and establishing permanent monitoring are recommended.

Keywords : Fishing gear, actors, fish, artisanal fishing, sustainable management, Côte d’Ivoire.

 

INTRODUCTION

 

La typologie de la pêche se réfère à la classification des différentes méthodes et à celle de pêches utilisées dans le monde. Quant à la pêche, elle est une activité majeure qui consiste à capturer les ressources aquatiques. Selon Micha et Franck (2004), les ressources aquatiques, précisément le poisson représente plus de 70 % des protéines animales les plus consommées par la population africaine. Pour répondre aux besoins alimentaires et économiques des populations, la pêche en eaux continentales s’appuie principalement sur un ensemble de pêcheries lacustres. Précisément en Côte d’Ivoire, elle repose essentiellement sur les lacs d’Ayamé, de Kossou, de Taabo, de Faé et de Buyo. La pêche   contribue de façon substantielle à la sécurité alimentaire des populations rurales, tout en améliorant de diverses façons, le mode de vie des ménages les plus pauvres (FAO, 2016). Malgré le réseau hydrographique important dont dispose la Côte d’Ivoire, elle reste déficitaire en produits halieutiques (N’Dri, 2019). Ainsi, les besoins nationaux en produits halieutiques sont largement supérieurs à l’offre locale contraignant la Côte d’Ivoire à importer environ 732 000 tonnes de poisson en 2024, pour une valeur estimée à 518 milliards FCFA (MIRAH, 2024). Pour suppléer ce déficit, l’Etat ivoirien a essentiellement mis en en place des initiatives d’amélioration des pratiques de pêche dans la partie Sud du pays que la nature a dotée de nombreux plans d’eaux permanents (N’Dri, 2019). Ainsi dans la majeure partie des cours d’eau en Côte d’Ivoire, des pratiques de pêche artisanale se font. C’est le cas sur le lac de barrage Kan à Bouaké où se déroulent des activités de pêche qui pourraient constituer une source importante de création d’emploi temporaire et de richesse. La pêche est devenue de nos jours l’une des principales activités socio-économiques (Cissé, 2022). Toutefois, l’exploitation incontrôlée de la pêche sur le plan national et international suscite des inquiétudes.  A cet effet, il est important de prendre connaissance des mécanismes de gestion en place, des modes d’exploitation et de l’implication des riverains. En occurrence, certaines études portant sur la typologie de la pêche continentale ont été effectuées par des chercheurs sur les lacs de barrage hydroélectrique (Tah, 2012) sur le lac d’Ayamé I, de Taabo (Koudou, 2012), d’Ayamé II (Blahoua et al., 2018), de Buyo (Goli Bi et al., 2019), de Soubré (Koudou, 2020) et sur le lac Songori et sur le lac de Bolondo (N’Dri, 2019) et aussi sur les lacs Agropastoraux (N’Dri et al., 2020). Cependant, il a été donné de constater que très peu d’études ont été consacrées à la typologie de la pêche sur le lac de barrage Kan à Bouaké. Le lac Kan serait créé en 1964 (Blé et al., 2022) dans le but d’approvisionner la ville de Bouaké en eau potable. Ce lac constitue un centre important de production halieutique. Au-delà de cet aspect, le lac Kan est un site de pêcherie continentale. La présente étude a donc pour objectif de faire l’état des lieux de la pratique de pêche sur le lac Kan à Bouaké, de mettre en relief l’organisation des acteurs et de relever les techniques et les engins de pêche utilisés.

 

 

MATERIEL ET METHODES

 

Zone d’étude : Le lac de barrage Kan de Bouaké est situé dans le Sud de la ville de Bouaké. Le barrage Kan est précisément implanté sur le territoire du village Kouadio Assèkro de la tribu Trainou (Ettien et al., 2018). Quant à la ville de Bouaké, elle est située dans la région du Gbêkê, une région du Centre de la Côte d’Ivoire, entre les latitudes 7°20’et 8°00’Nord et les longitudes 4°20’ et 5°20’Ouest (CIGN, 2017) (Figure 1). Selon Blé et al. (2022), la ville de Bouaké couvre une superficie de 79 km² et elle est la deuxième ville la plus peuplée après Abidjan. Le département de Bouaké est limité à l’Est par le département de M’Bahiakro, au Sud par les départements de Tiébissou et de Didiévi, à l’Ouest par les départements de Sakassou et de Béoumi et au Nord par celui de Katiola (Assemian et al., 2023). Le réseau hydrographique du bassin versant du lac Kan est relativement dense (Blé et al., 2022) et s’organise selon des écoulements du Nord au Sud. Ce bassin est alimenté par cinq rivières (le Kan, le Gnangban Klan, le Tongba et le Kôkôbanou) avec les lits peu profonds. Le Kan et le Gnangban Klan étant les principales rivières. La rivière Kan est longue de 5 Km et tire sa source dans le quartier Ahougnansou à 230 m au Sud du marché. Quant à la rivière Gnangban Klan, elle prend sa source au quartier Commerce, traversant le quartier Nimbo avant de se déverser dans le lac en parcourant une distance de 3,15 Km. Les deux autres cours d’eau du bassin versant ne divisent pas le tissu urbain. Kôkôbanou traverse un espace non urbain avec une longueur de 2 Km et tire sa source dans la forêt du village de Broukro et Tongba quant à elle, tire sa source dans la vallée séparant deux villages : Kouadio-Assèkro et Mlan Gougoukro. Elle coule sur une distance de 400 m avant de se déverser dans le lac de barrage Kan (Ettien et al., 2018).

 

Figure 1 : Situation géographique du lac de barrage Kan de Bouaké et stations d’échantillonnage

 

 

Collecte des données : Les données ont été collectées au niveau du débarcadère 1 (station 1) et du débarcadère 2 (station 2) de janvier 2024 à juin 2024. Les visites sur les sites ont été effectuées chaque mois. La population ciblée lors des enquêtes a été celle des pêcheurs exerçant sur le lac Kan. Pour collecter les données sur les deux sites, 3 techniques ont été utilisées. Dans un premier temps, il a été procédé en trois mois (Vanga, 2004 ; Tah et al., 2009), à une pré-enquête au niveau de chaque débarcadère par une série de questions administrées aux pêcheurs. Dans un deuxième temps, l’observation directe de la pratique de pêche sur le lac. Les données obtenues ont été portées sur la fiche d’enquête. L’enquête a portée sur les acteurs de la pêche. Les informations ont été recueillies selon la méthode utilisée par Vanga (2004). Elle consiste en une enquête par une série de questions destinées aux populations exerçant la pêche et des observations directes des faits. L’enquête par questionnaire comporte les mentions suivantes : la date, le site, le nom du pêcheur, l’ethnie, la nationalité, la situation matrimoniale, le niveau d’étude, le nombre d’enfants, le type et le nombre d’embarcations, le type et le nombre d’engins et l’activité principale. Les classes d’âges des acteurs ont été réalisées selon la méthode de Tah (2012). Toutes ces mentions ont été consignées sur les fiches d’enquêtes. L’observation directe de l’exercice de pêche a consisté à suivre les acteurs dans leurs activités, leurs pratiques habituelles, le matériel de pêche et vérifier les informations qui ont été recueillies à partir du questionnement. Dès le retour des pêcheurs aux différents débarcadères, à partir de 8h, les informations sont recueillies. Les informations collectées sont en général : le nom du pêcheur et la date de pêche ; les informations sur la sortie de pêche comprenant la zone de pêche, l’heure de départ et l’heure de retour de pêche, le nombre de pêcheurs ; les informations sur les engins de pêche : type d’engin (l’épervier, la nasse, le filet maillant, la ligne à main), le maillage et le nombre d’engins. Les données recueillies ont servi à comparer les informations reçues par le questionnaire.

 

 

RESULTATS

 

Composition des communautés de pêcheurs : Sur l’ensemble du lac Kan, un effectif de 27 pêcheurs a été recensé. Au niveau de la station 1, 16 pêcheurs ont été identifiés, soit 59,26 % de l’effectif total. Quant à la station 2, 11 pêcheurs ont été recensés, soit 40,74 % de l’effectif total (Figure 2).

 

 

Figure 2 : Répartition des pêcheurs du lac Kan de Bouaké (Côte d’Ivoire) selon les stations visitées de Janvier à Juin 2024

 

 

Répartition des pêcheurs selon la nationalité et l’ethnie : Les pêcheurs exerçant sur le lac sont originaires de la Côte d’Ivoire, du Mali, du Bénin et du Burkina-Faso. Les pêcheurs de nationalité ivoirienne dominent l’activité de pêche dans l’ensemble du lac Kan avec une proportion de 74,07 %. Les nationalités les moins représentées sont celles du Bénin et du Burkina-Faso soit (3,70%) chacune (Tableau 1). Les ethnies qui composent la communauté ivoirienne sont : le Baoulé, le Sénoufo, le Malinké et le Koyaka. Les pêcheurs Baoulé sont les plus nombreux avec une proportion de 51,85 %. Ils sont quasiment été présents pendant toute la période de l’étude (six mois). Les Koyaka et les Malinké sont minoritaires avec un pourcentage de 3,70 % chacun. Les ethnies de la communauté étrangère n’ont pas été spécifiées (Tableau 1).

 

 

Tableau 1 : Effectifs et pourcentages des pêcheurs du lac Kan à Bouaké (Côte d’Ivoire) selon la nationalité et l’ethnie de janvier à juin 2024.

Nationalité et ethnie    
Ivoiriens Effectif Pourcentage (%)
Baoulé 14 51,85
Sénoufo 4 14,82
Malinké 1 37
Koyaka 1 3,7
Total Ivoiriens 20 74,07
Non-Ivoiriens Effectif Pourcentage (%)
Malien 5 18,53
Béninois 1 3,70
Burkinabé 1 3,70
Total Non-Ivoiriens 7 25,93
Total 27 100

 

Parmi les pêcheurs exerçant sur l’ensemble du lac, les plus nombreux sont ceux qui sont scolarisés soit 78,57 % contre 21,43 % de non scolarisés (Figure 3). Le taux de scolarisation au sein de la communauté ivoirienne est plus élevé (80 %) que celui de la communauté étrangère (71,43 %). Pour ce qui concerne les pêcheurs ivoiriens scolarisés, ceux ayant une instruction secondaire sont les plus nombreux (43,75 %). Le niveau d’instruction supérieur regroupe uniquement des pêcheurs ivoiriens qui est de proportion 6,25 %. Concernant les pêcheurs non ivoiriens, les pêcheurs de niveau primaire et secondaire ont la même proportion (40 %) (Figure 4). Le test Khi 2 montre qu’il n’y a aucune différence statistique significative (p˃ 0,05) dans le taux d’instruction entre les ivoiriens et les non ivoiriens.  Concernant la religion, il y a autant de pêcheurs musulmans (44,44 %) que pêcheurs chrétiens (44,44 %). Le reste des pêcheurs (11,12 %) constitue la classe de la religion traditionnelle (Figure 5).

 

 

Figure 3 : Répartition des pêcheurs du lac Kan de Bouaké (Côte d’Ivoire) selon le taux de scolarisation de janvier à juin 2024

Figure 4 : Répartition des pêcheurs du lac Kan de Bouaké (Côte d’Ivoire) selon le niveau d’instruction et la nationalité, de janvier à juin 2024

Figure 5 : Répartition des pêcheurs du lac Kan de Bouaké (Côte d’Ivoire) selon leur religion de janvier à juin 2024

 

 

Répartition des pêcheurs par catégorie professionnelle : Les informations recueillies auprès des pêcheurs sur l’ensemble du lac Kan montrent qu’ils sont tous des pêcheurs occasionnels. Ces pêcheurs sont des agriculteurs (29,63 %) ; certains sont des entrepreneurs (14,81 %), des élèves et commerçants avec 11,11 % chacun. D’autres exercent dans le domaine de transport en tant que chauffeurs (7,41 %) ; d’autres encore, dans le domaine de sécurité, de maçonnerie, d’électricité en bâtiment, de tisserand, de technicien de maintenance industrielle, de menuisier, de mécanicien d’auto avec (3,70 %) dans chacun des domaines (Tableau 2). Parmi ces pêcheurs de l’ensemble du lac Kan de Bouaké, 74,07 % exercent la pêche pour le commerce contre 25,93 % pour la consommation personnelle.

 

 

Tableau 2 : Activités alternatives des pêcheurs recensés du lac Kan à Bouaké (Côte d’Ivoire) de janvier à juin 2024

Activité alternative        Effectif  %
Pêche + agriculture 8  29,63
Pêche + commerce 3  11,11
Pêche + étude 3 11,11
Pêche+ conduite 2 7,41
Pêche +entreprenariat 4 14,83
Pêche +électricité 1 3,70
Pêche +technique de maintenance 1 3,70
Pêche +machiniste 1 3,70
Pêche +mécanique 1 3,70
Pêche + sécurité 1 3,70
Pêche +autres 2 7,41
Total 27 100

 

 

Répartition des pêcheurs selon les tranches d’âge :L’analyse de nos résultats montre que l’essentiel de l’activité de pêche sur le lac Kan est assuré par des pêcheurs adultes dont l’âge est supérieur à 45 ans (44,44 %) comme le montre la Figure 6. Cette tranche d’âge regroupe 40 % de pêcheurs ivoiriens et 42,86 % de pêcheurs non-ivoiriens. Les pêcheurs dont l’âge est compris entre 30 et 45 ans (40,74 %) regroupent 40% d’ivoiriens et 57,14 % de non-ivoiriens. Pour ceux dont l’âge est inférieur à 30 ans (14,81 %), regroupe uniquement les pêcheurs ivoiriens qui est de proportion 20 %.

 

 

Figure 6 : Répartition des pêcheurs du lac Kan de Bouaké (Côte d’Ivoire) selon leurs tranches d’âge de janvier à juin 2024

 

 

Répartition des pêcheurs selon la situation matrimoniale : Sur l’ensemble des pêcheurs, 74,07 % sont mariés contre 25,93 % non mariés.  Les mariés le sont tous selon la coutume. Les pêcheurs non mariés, sont tous des Ivoiriens (Tableau III). Les pêcheurs dont l’âge est supérieur à 45 ans (60 %) et ceux dont l’âge est compris entre 30 et 45 ans (40 %) sont plus concernés par cet état matrimonial.

 

 

Tableau 3 : Répartition des pêcheurs sur le lac Kan à Bouaké (Côte d’Ivoire) selon la situation matrimoniale de janvier à juin 2024

Situation matrimoniale Ivoiriens   Etrangers  
  Effectif %  Effectif %
Mariés 13 75 7 100
Non mariés 7 25 0 0
Total 20 100 7 100

 

 

Inventaire des engins de pêche, taux et technique de leur utilisation :  Au total 4 types d’engins ont été recensés sur l’ensemble du lac Kan de Bouaké (Figures 7, 8, 9). Il s’agit des filets maillants, des éperviers, des lignes à main et des nasses.  Sur l’ensemble du lac Kan, les filets maillants sont les engins les plus utilisés (37,04 %). Suivis des lignes à main (29,63 %), les nasses (22,22 %) et les éperviers (11 ,11 %). Ces taux d’utilisation varient d’une saison à l’autre. Durant la saison pluvieuse, le taux d’utilisation des engins de pêche recensés est de 49,50 % pour les filets, 31,31 % pour les nasses, 12,12 % pour les lignes à main et 7,07 % pour les éperviers. En saison sèche, une prédominance des filets maillants (60 %) est constatée. Les lignes à main (17,85 %) viennent en deuxième position. Ensuite viennent les nasses (15 %) et les éperviers (7,15 %).

Inventaire des embarcations utilisées : Les embarcations utilisées par les pêcheurs dans l’ensemble du lac Kan sont essentiellement des pirogues à planches clouées non motorisées pouvant supporter 2 à 3 personnes (Figure 10). Au total 12 pirogues ont été recensées sur l’ensemble du lac. Elles ont une taille qui varient de 6 à 8 m. Selon les pêcheurs enquêtés la durée de résistance de ces embarcations est comprise entre 10 à 15 voire 20 ans. Cette durée de vie des embarcations dépend du type de bois utilisé pour leur confection et aussi de la fréquence de leur utilisation.

Organisation des communautés de pêcheurs : Les pêcheurs sur le lac Kan de Bouaké ne sont pas organisés en coopérative. La pêche est de type personnel, constant et artisanal.

 

 

Figure 7 : Vue des nasses utilisées sur le lac Kan à Bouaké (Côte d’Ivoire)

A : Nasse en filet ; B : Nasse en grillage

 

Figure 8 : Vue des filets utilisés sur le lac Kan à Bouaké (Côte d’Ivoire)

C : Filet maillant ; D : Epervier

 

Figure 9 : Vue des lignes à main utilisées sur le lac Kan à Bouaké (Côte d’Ivoire)

 

Figure 10 : Vue d’embarcation utilisée sur le lac de barrage Kan à Bouaké (Côte d’Ivoire)

 

DISCUSSION

 

Les résultats des enquêtes montrent que la pêche sur le lac Kan est dominée par les Ivoiriens représentés majoritairement par l’ethnie Baoulé, qui ont le monopole de cette activité. Cette prédominance pourrait se justifier par le fait que les ivoiriens en particulier les Baoulé, originaires de Bouaké et riverains du lac ne possédant pas de terre cultivable du fait de l’urbanisation, considèrent la pêche comme une source de revenu qui leur permet de répondre à leurs besoins quotidiens. En plus, ils considèrent ce plan d’eau comme un héritage. Nos résultats corroborent ceux de Vanga (2011) sur le lac d’Ayamé. Les résultats de notre enquête diffèrent de ceux de Cissé (2022) sur le lac d’Ayamé I, N’Dri (2019) dans le lac Bolondo situé dans la région de la Bagoué au Nord de la Côte d’Ivoire. Selon ces auteurs, la pêche dans ces lacs est dominée par les non-nationaux d’origine malienne. L’enquête menée auprès des acteurs de pêche indique que la plupart des pêcheurs du lac Kan ont été scolarisés. Cette dominance de taux de scolarisation est observée chez les pêcheurs ivoiriens comme chez les non-ivoiriens. Leur présence dans ce secteur, pourrait être due à un manque d’emplois dans la région, les obligeant à recourir à la pêche. En outre, la pêche reste l’une des activités pour certains écoliers en vue d’obtenir des moyens financiers pour des achats de matériels didactiques pour la poursuite de leurs études. Ainsi, les déscolarisés s’adonneraient au métier de pêche dans l’espoir d’avoir les ressources suffisantes pour subvenir à leurs besoins quotidiens et d’investir dans les autres secteurs informels. Par ailleurs, les résultats de cette étude, corroborent ceux de Cissé (2022) sur lac d’Ayamé I qui a trouvé que la plupart des pêcheurs du lac d’Ayamé I sont scolarisés. En ce qui concerne la religion, la pêche sur le lac Kan, est essentiellement pratiquée par des croyants de diverses confessions religieuses. Pour la plupart d’entre eux, ils sont chrétiens et pour d’autres, ils sont musulmans. Il apparaît aucun conflit entre les pêcheurs religieux de confessions musulmane et de chrétienne. Ils collaborent mutuellement sur le lac Kan. Concernant le critère d’âge des pêcheurs, la pêche sur le lac Kan est dominée par les adultes aussi bien chez les autochtones que chez les allogènes. Nos résultats obtenus sont similaires aux travaux de Blahoua et al. (2018) sur le lac d’Ayamé II. Cependant la faible présence des jeunes autochtones et allogènes dans ce secteur serait due à l’interdiction de la pratique de la pêche par leurs parents au profit des études scolaires et universitaires et aussi à la non maîtrise de la pratique de la pêche et à la peur de noyade. Les résultats obtenus sont aussi similaires aux travaux de N’Dri (2019). Cet auteur a montré que les jeunes sont moins représentés dans le secteur de la pêche sur le lac Bolondo dans la région de la Bagoué. Pour Boguhé et al. (2011) ainsi que Yao et al. (2015), la faible participation des jeunes dans ce secteur est due à l’exode rural et au manque d’équipements et d’expériences. Par contre, nos données diffèrent   de celles de Tah et al. (2009) et de Vanga (2011). Ces auteurs ont signalé que la pêche est plus pratiquée par les jeunes sur le lac de barrage d’Ayamé I. Cette différence pourrait être due au fait que les jeunes de Bouaké abandonnent la pêche au profit des études. Les enquêtes menées montrent que la plupart des pêcheurs interrogés sur le lac Kan sont mariés. D’après les pêcheurs interrogés, la vie conjugale leur est profitable car, ils reçoivent l’aide de leurs femmes. Les femmes se chargent souvent de la transformation des produits de la pêche et de sa commercialisation. Ce même constat a été fait par Kien (2016) et Blahoua et al. (2018). Pour Kien (2016) le rôle classique de ménagère permet non seulement au conjoint de bien se restaurer, de récupérer après les durs travaux effectués sur les sites de pêcheurs et aussi de vivre dans un cadre entretenu. Concernant la classification des pêcheurs par catégories professionnelles, les pêcheurs du lac Kan de Bouaké sont tous des pêcheurs occasionnels qu’ils soient nationaux ou non-nationaux. Ils exercent en plus dans l’agriculture et dans d’autres activités informelles. En effet, la baisse de la production halieutique et ses conséquences sur le revenu des pêcheurs les obligeraient à s’orienter vers d’autres secteurs d’activités économiques rentables. Dans ce contexte, N’Dri et al. (2020) définissent la pêche comme une activité secondaire exercée par les acteurs de pêche. Selon certains pêcheurs interrogés, la pêche est considérée comme une source de divertissement ou d’un passe-temps dans les jours non – ouvrables. Ces pêcheurs utilisent plus les lignes comme engins de pêche. Relativement aux engins utilisés pour les captures commerciales, les résultats ont permis d’identifier quatre types d’engins. Par ailleurs, les observations directes de pratique de la pêche ont permis de constater que les pêcheurs du lac Kan utilisent presque les mêmes techniques signalées par Blahoua et al. (2018) sur le lac d’Ayamé II, N’Dri et al. (2020) sur le lac de Songori. De ce fait, la sélectivité de maille des engins de pêche se fait en fonction de la taille de l’espèce recherchée. En se référant à la proportion des engins, les résultats de notre étude indiquent que les filets maillants sont les plus utilisés au lac Kan à Bouaké. Le taux d’utilisation élevé de ces engins de pêches (le filet maillant) s’expliquerait par la facilité de leurs mises en eau et de leurs utilisations individuelles d’une part et par la possibilité de les utiliser à toutes les saisons de l’année d’autre part. Selon les utilisateurs de cet engin, ils seraient plus durables et captureraient plus de poissons en une fois par rapport aux autres engins de pêche. Ces résultats sont en conformité avec ceux de Goli Bi (2021) et Cissé (2022) réalisés respectivement dans le lac Buyo et Ayamé I. Par contre nos résultats diffèrent de ceux de Vanga (2011) et Blahoua et al. (2018) sur le lac de barrage d’Ayamé I et Ayamé II. Ces auteurs affirment que les nasses sont les plus utilisées parce qu’elles sont moins coûteuses et faciles à manipuler. Les pirogues utilisées dans le lac de barrage Kan sont à 100% des pirogues à planches clouées capables de supporter au plus 3 personnes. Ces mêmes résultats ont été obtenus sur le lac de Bolondo (N’Dri, 2019). Par ailleurs ces pirogues sont les plus utilisées du fait de leurs résistances aux intempéries. Ce résultat corrobore celui de Vanga (2011).

 

 

CONCLUSION ET APPLICATION DES RESULTATS

 

Au terme de cette étude menée sur le lac Kan de Bouaké et portant sur un échantillon de 27 pêcheurs, il ressort que les captures halieutiques s’effectuent principalement à l’aide de filets maillants, de nasses, d’éperviers et de lignes à main. Parmi ces engins, les filets maillants et les lignes sont les plus couramment utilisés. Ces équipements sont exploités par des pêcheurs adultes (44,44 %), majoritairement de nationalité ivoirienne (74,07 %), avec une prédominance du groupe ethnique baoulé (51,85 %). Par ailleurs, 78,57 % des pêcheurs enquêtés ont bénéficié d’une scolarisation formelle. La répartition religieuse montre une proportion équivalente de pêcheurs musulmans et chrétiens (44,44 % chacun). Aucun des pêcheurs ne pratique l’activité de manière professionnelle et ils ne sont organisés dans aucune structure coopérative formelle. Il est par conséquent recommandé d’organiser les pêcheurs en coopérative, afin de doter la pêcherie d’un interlocuteur, d’encadrer l’utilisation des filets maillants par la fixation d’une maille minimale concertée, et de mettre en place un suivi permanent de la pêcherie. Des recherches supplémentaires sur l’effort de pêche, la dynamique des stocks et l’impact des engins seraient utiles pour orienter des mesures de gestion adaptées et assurer une exploitation durable du lac.

 

 

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES 

 

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