Déterminants sociodémographiques et technicoéconomiques de l’implémentation des mesures de biosécurité dans les écloseries piscicoles de la zone forestière à pluviométrie monomodale du Cameroun

 

Journal of Applied Biosciences 222: 24740 – 24751

ISSN 1997-5902

 

Déterminants sociodémographiques et technicoéconomiques de l’implémentation des mesures de biosécurité dans les écloseries piscicoles de la zone forestière à pluviométrie monomodale du Cameroun

 

FONKWA Georges1,2*, KPOUMIE NSANGOU Amidou1,2 , TCHOUNBOU Rita Erika1, TCHAPTCHET NDJATE William Frank1, MAKONGO NJAKA NLOKA Jean Paul1, MUBE Junior3, TOMEDI  EYANGO  Minette1 and TCHOUMBOUE2 

1Laboratory of Aquaculture and Demography of Aquatic Resources, Department of Aquaculture, Higher National School of Agronomy, Halieutics and Veterinary Medicine, University of Douala, P.O. Box 7236 Douala-Cameroon

2Applied Hydrobiology and Ichthyology Research Unit, Department of Animal Science, Faculty of Agronomy and Agricultural Science, University of Dschang, P.O. Box 222, Dschang-Cameroon

3Mub’s Aqua Fish Center, Douala-Cameroon

*Corresponding author Email: fonkwageorges@gmail.com

*Corresponding author ORCID : 0000-0002-1698-5268

 

Submitted 15/05/2026, Published online on 31/07/2026 in the https://www.m.elewa.org/journals/journal-of-applied-biosciences-about-jab/  15https://doi.org/10.35759/JABs.222.8

 

RESUME

Objectifs : contribuer à une meilleure connaissance des déterminants sociodémographiques et technicoéconomiques susceptibles d’affecter l’implémentation des mesures de biosécurité dans les écloseries piscicoles en vue d’améliorer leur productivité.

Méthodologie et Résultats: Un audit de la pratique biosécuritaire a été effectué du 10 avril au 10 juin 2025 dans quarante (40) écloseries piscicoles de la zone forestière à pluviométrie monomodale du Cameroun et plus précisément dans le Département du Wouri. L’interview face-à-face des pisciculteurs moyennant un questionnaire semi-structuré et l’observation directe ont permis de de collecter les données relatives aux caractéristiques sociodémographiques, technicoéconomiques et la pratique de biosécurité. Le taux d’adoption (61,19%) et le taux d’observance (65,95%) des mesures de sécurité biologique ont été moyens. Les producteurs célibataires ont plus observé les mesures de biosécurité que les producteurs mariés. Le taux d’observance a été plus élevé lorsque les poissons ont été nourris 5 à 6 fois par jour, l’aliment stocké entre 7-14 jours, pour une densité de mise en charge de 2500-5000 individus/m3 et un taux de mortalité compris entre 18% et 35%.

Conclusion et application des résultats : L’observance des mesures de protection biologique  a été significativement affecté par les déterminants sociodémographiques (statut matrimonial) et technicoéconomiques (fréquence de nourrissage, durée de stockage de l’aliment, densité de mise en charge, taux de mortalité). Les pouvoirs publics doivent mettre un accent sur la formation, les séminaires de renforcement des capacités des pisciculteurs sur la pratique de la biosécurité.

Mots clés : écloseries piscicoles, biosécurité, taux d’adoption, taux d’observance, Cameroun.

 

Sociodemographic and technoeconomic determinants of the implementation of biosecurity measures in fish hatcheries in the monomodal rainfall forest zone of Cameroon

 

ABSTRACT 

Objectives: To contribute to a better understanding of the sociodemographic and technicoeconomic factors that may affect the implementation of biosecurity measures in fish hatcheries, in order to improve their productivity

Methodology and Results: A biosecurity audit was conducted from April 10 to June 10, 2025, at forty (40) fish hatcheries in the monomodal rainfall forest zone of Cameroon, specifically in the Wouri Division. Face-to-face interviews of fish farmers using a semi-structured questionnaire and direct observation were used to collect data on sociodemographic and technicoeconomic characteristics, as well as biosecurity practices. The adoption rate (61.19%) and compliance rate (65.95%) of biosecurity measures were moderate. Single producers were more likely to comply with biosecurity measures than married producers. The compliance rate was higher when fish were fed 5 to 6 times a day, feed was stored for 7–14 days, stocking density was 2,500–5,000 individuals/m³, and the mortality rate ranged from 18% to 35%.

Conclusion and application of the results: Compliance with biosecurity measures was significantly influenced by sociodemographic (marital status) and technicoeconomic (feeding frequency, feed storage duration, stocking density, mortality rate) factors. Public authorities should prioritize training and capacity-building seminars for fish farmers on biosecurity practices.

Keywords: fish hatcheries, biosecurity, adoption rate, compliance rate, Cameroon.

 

INTRODUCTION  

 

Afin de satisfaire la demande annuelle en poissons de 500 000 tonnes, l’aquaculture est identifiée au Cameroun comme un levier stratégique dans le Plan Directeur de Développement de l’Élevage, des Pêches et des Industries Animales. Malgré son potentiel aquacole notamment ses nombreux cours d’eau, ses lacs et ces ressources en eau douce, ainsi que sa biodiversité riche (MINEPIA, 2021), le Cameroun continue à importer des alevins d’Asie et d’Europe augmentant les coûts de production et exposant les consommateurs à des risques sanitaires. Cette dépendance compromet la durabilité du secteur et contredit les objectifs de sécurité alimentaire fixés par la Stratégie Nationale de Développement de l’Aquaculture (SNDA 2020-2030). La production en écloserie est un secteur essentiel pour le développement de l’aquaculture, vue la demande croissante d’alevins. Cependant, les écloseries aquacoles font face aux maladies qui constituent l’une des contraintes majeures à la production. Le non-respect des mesures de de protection biologique (biosécurité ou sécurité biologique ou gestion des risques biologiques) a été signalé comme cause des maladies et mortalités massives des poissons plus particulièrement dans les écloseries (Fonkwa et al., 2024a). La biosécurité est une approche stratégique intégrée qui englobe le cadre des politiques et le cadre réglementaire pour analyser et gérer les risques pesant sur la vie et la santé des personnes, des animaux et des plantes et les risques associés pour l’environnement (FAO, 2007). Le respect des mesures de protection biologique permet de réduire le coût associé aux maladies en élevage, peut contribuer à améliorer la productivité et à réduire l’utilisation des antibiotiques (Fonkwa et al., 2024a). La gestion des risques biologiques est donc un moyen efficace de maintien du bon état de santé des écloseries piscicoles et d’amélioration de leur productivité. Dans un contexte de croissance soutenue du secteur aquacole au Cameroun, la sécurité biologique  des écloseries piscicoles apparaît comme un enjeu stratégique pour garantir la qualité sanitaire des alevins et la pérennité économique du secteur. La zone forestière à pluviométrie unimodale du Cameroun et plus précisément dans le Département du Wouri dont la ville de Douala est le Chef-lieu, véritable moteur économique et démographique présente des caractéristiques spécifiques pouvant influencer la dynamique de la production aquacole. La cartographie préliminaire ou l’état de lieux du niveau d’implémentation des mesures de biosécurité dans les élevages piscicoles du Département du Wouri fait par Fonkwa et al. (2023a et 2023b) a montré un taux d’adoption et un taux d’observance de ces  mesures respectifs de 40,40% et  40,52% . Une relation linéaire forte, positive et significative a été établie entre le niveau d’éducation des producteurs et le taux d’observance des mesures de sécurité biologique . Ces travaux bien qu’importants ont fourni des informations sur la pratique biosécuritaire dans les élevages piscicoles dans leur globalité sans une emphase sur la spécificité des écloseries. A cet effet, il s’avère impératif de produire des connaissances sur l’implémentation des mesures de gestion de risques biologiques plus détaillées en écloserie compte tenu de ses particularités techniques et la fragilité du système immunitaire des alevins qui les rend plus susceptibles aux maladies. Cette étude contribuera à adopter une approche intégrée visant à renforcer les pratiques de ces mesures, dans le but d’améliorer durablement la production piscicole et de réduire les risques sanitaires associés. Les parties prenantes du secteur piscicole pourront utiliser les données de la présente étude pour optimiser la productivité des écloseries piscicoles. Ces travaux sont par ailleurs un prérequis au processus de certification sanitaire des entreprises piscicoles ainsi que de l’assurance qualité de leurs produits. Le présent travail vise à évaluer dans les écloseries piscicoles de la zone forestière à pluviométrie monomodale du Cameroun et plus précisément dans le Département du Wouri, le taux d’adoption et le taux d’observance des mesures de biosécurité ainsi que les déterminants sociodémographiques et technicoéconomiques susceptibles d’affecter leur simplémentation.

 

 

MATERIEL ET METHODES 

 

Caractéristiques géoclimatiques de la zone d’étude : L’étude a été menée du 10 avril au 10 juin 2025 dans les écloseries piscicoles du Département du Wouri, dont le Chef-lieu est la ville de Douala, située dans la Région du Littoral (Figure 1). Le Département du Wouri est situé entre 3°97’04’’- 3°58’13’’ latitude Nord et 9°76’78’’- 9°46’4.3’’ longitude Est et à une altitude moyenne de 9 mètres (INC, 2019). Le climat du type équatorial est caractérisé par un régime pluviométrique monomodal avec une saison pluvieuse (mars à novembre) et une saison sèche (décembre à février). La température annuelle est de 27,4°C environ tandis que la précipitation est de 3619mm par an (Feumba, 2015).

 

Figure 1: Localisation des écloseries piscicoles auditées dans le Département du Wouri et la Région du Littoral – Cameroun

 

 

Choix des écloseries piscicoles : La base des données préexistante sur la localisation géographique des élevages piscicoles obtenue auprès de la Délégation Départementale du Ministère de l’Elevage, de la Pêche et des Industries Animales (MINEPIA) du Wouri a permis d’auditer 40 fermes. Les critères d’éligibilité des fermes piscicoles ont été l’accessibilité, la distance par rapport à la route principale, le temps de marche jusqu’aux fermes, le coût du transport, la période de récolte des poissons et la volonté de participation des pisciculteurs au sondage (Racicot et Vaillancourt, 2009).

Elaboration du questionnaire, technique d’enquête et notation des mesures de biosécurité: Les données ont été collectées en présentiel d’une part, par interview des responsables des fermes piscicoles moyennant un questionnaire de type semi-structuré et d’autre part par l’observation directe de l’enquêteur. Les questions ont été regroupées en trois parties notamment les caractéristiques sociodémographiques (âge, genre, situation matrimoniale, niveau d’étude) et technicoéconomiques des écloseries (productivité, système de production, type de culture, phase de l’élevage, infrastructure d’élevage, équipements et infrastructures, coûts de production, prix de vente, concurrents.) et les mesures de biosécurité applicables en écloserie. Avant de procéder à l’enquête, un test préalable du questionnaire a été effectué dans d’un sous-échantillon de 10 pisciculteurs. L’objectif a été de vérifier l’exactitude, la pertinence, la cohérence et la clarté des questions et d’apporter des ajustements nécessaires pour garantir la qualité du questionnaire (Fonkwa et al., 2024a). Par ailleurs, les coordonnées géographiques des écloseries ont été enregistrées à l’aide de l’application GPS (Global Positioning System). Un système de notation technique binaire a été utilisé pour évaluer les mesures de sécurité biologique mises en place. Ce système a consisté à attribuer une note de 1 à chaque mesure implémentée et une note de 0 à une mesure absente. Le score final d’une mesure a été la somme de toutes les valeurs enregistrées dans l’écloserie.

Détermination du taux d’adoption et du taux d’observance des mesures de biosécurité : Le taux d’adoption (TA) et taux d’observance (TO) des mesures de biosécurité ont été définis selon Racicot et Vaillancourt (2009) ainsi qu’il suit : TA = (N1/N) x100 ; TO = (N2/N )x 100 où N1 : Nombre d’élevages pratiquant une mesure de sécurité biologique donnée (score total de la mesure) ; N2: Nombre de mesures appliquées (score) par un élevage piscicole ; N: Nombre total de mesures prescrites ; N : Nombre total d’élevages audités. La classification des taux d’adoption et d’observance des mesures de biosécurité a été celle utilisée par Fonkwa et al. (2024a) (Tableau 1).

 

 

Tableau 1: Typologie des écloseries en fonction des taux d’observance et d’adoption des mesures de biosécurité

TO ou TA Niveau d’implémentation Pratique biosécuritaire   Niveau de risque Types d’écloserie
[0-25] Faible Mauvaise Majeur A
] 25-75] Intermédiaire/moyen Intermédiaire/moyen Modéré B
] 75-100] Élevé Bonne Mineur C

TO : Taux d’observance ; TA : Taux d’adoption

 

 

Analyses statistiques : Les données ont été stockées dans le programme Excel (Microsoft Office 2010, USA) puis exportées vers le logiciel Graph Pad Prism version 8.0 pour analyse. Les caractéristiques sociodémographiques et technicoéconomiques, les taux d’adoption et d’observance des mesures de biosécurité ont été soumis à la statistique descriptive. Le test de Kurskal -Wallis (K), Mann-Whitney (U) et l’analyse de la variance (F) ont permis de tester l’effet des caractéristiques sociodémographiques et technicoéconomiques sur les taux d’adoption et d’observance. Le seuil de signification (p) de 0,05 a été retenu.

 

 

RESULTATS

 

Taux d’adoption des mesures de biosécurité : Le taux global d’adoption des mesures de la protection biologique  (61,19%) dans les écloseries piscicoles a été moyen (Tableau 2).  La composante de biosécurité la plus adoptée a été gestion de trafic, suivie de l’isolement et l’assainissement. Les mesures les moins adoptées (0%) ont été « visite vétérinaire », « aire de visite », « tenue spéciale pour visiteurs », « désinfection des œufs », « analyse microbiologique de l’eau ». A l’opposé, les mesures les plus adoptées ont été « circuit d’eau ouvert », « infrastructures montées en parallèle », « matériel spécifique pour l’écloserie », « vide sanitaire », « visiteur accompagné », « retrait des poissons morts », « surveillance quotidienne des poissons » et « siphonage des bacs de production ».

 

Tableau 2 :  Taux d’adoption des mesures de biosécurité dans les écloseries piscicoles du Département du Wouri, Région du Littoral-Cameroun

No Composantes et mesures de biosécurité n Taux d’adoption (%)
Composante biosécuritaire relative à l’isolement 71,94±0,30 (5,00-100)
1 Ecloserie clôturée 38 95,00
2 Absence d’autres animaux dans l’écloserie 21 52,50
3 Poissons malades mis en quarantaine 28 70,00
4 Présence des plantations et arbres autour de l’écloserie 35 87,50
5 Aire pour visiteurs   2 5,00
  Circuit d’eau ouvert 40 100,00
7 Montage des infrastructures en parallèle 40 100,00
8 Absence d’autres écloseries à proximité 30 75,00
9 Zone de quarantaine isolée 25 62,50
  Composante de la pratique biosécuritaire relative à la gestion des mouvements 75,00±0,27 (40-100)
10 Personnel spécifique à l’écloserie 29 72,50
11 Matériel spécifique pour l’écloserie 40 100,00
12 Pas d’échange de matériel avec d’autres écloseries 38 95,00
13 Système de filtration dans les voies d’alimentation en eau 18 45,00
14 Visiteur interdit de toucher de l’eau 39 97,50
15 Magasin compartimenté 16 40,00
  Composante de la biosécurité relative à l’assainissement 54±0,36 (0,0-100)
16 Visite vétérinaire 0 0,00
17 Utilisation du pédiluve 14 35,00
18 Analyses des caractéristiques physicochimiques de l’eau 19 47,50
19 Autodiagnostic des maladies des poissons 3 7,50
20 Analyses microbiologiques de l’eau 3 7,50
21 Vide sanitaire 40 100,00
22 Aliment bien conservé 24 60,00
23 Désinfection des mains à l’entrée et à la sortie de l’écloserie 24 60,00
24 Désinfection du matériel d’élevage avant utilisation 32 80,00
25 Désinfection du matériel d’élevage après utilisation 14 35,00
26 Traitement des poissons à titre préventif 9 22,50
27 Poissons morts incinérés 38 95,00
28 Vêtement spécifique pour le personnel 16 40,00
29 Tenue spécifique pour visiteurs 1 2,50
30 Visiteur accompagné 40 100,00
31 Nettoyage des filtres 28 70,00
32 Formation du personnel en gestion des risques biologiques 16 40,00
33 Respect des modalités d’utilisation des produits sanitaires 7 17,50
34 Désinfection des œufs 2 5,00
35 Retrait des poissons morts 40 100,00
36  Siphonage des bacs de production 40 100,00
37 Respect des dates de péremption de l’aliment 39 97,50
38 Désinfection après accès à la zone de quarantaine 26 65,00
39 Surveillance quotidienne des poissons 40 100,00
40 Connaissance sur la traçabilité de l’aliment 25 62,50
  Moyenne ± Ecart-type (Minimum-Maximum) 61,19±34,18 (0-100)

Diagnostic éthologique, anatomique et physiologique des pathologies grâce aux compétences acquises par les pisciculteurs pendant la formation ; n: Nombre de fermes adoptant une mesure de biosécurité donnée ; Le taux d’adoption est exprimé sous la forme de Moyenne ± écart-type (minimum-maximum)

 

 

 

Taux d’observance des mesures de protection biologique  :  Globalement, le taux d’observance des mesures de biosécurité dans les écloseries piscicoles du Département du Wouri a été moyen (Tableau 3). Autrement dit, les élevages ont été à un niveau de risque modéré de contamination par les agents pathogènes. Par ailleurs, le taux d’observance a été significativement plus élevé pour la composante gestion des mouvements suivie de l’isolement et de l’assainissement. Quant à la distribution des fréquences des écloseries piscicoles en fonction du taux d’observance, seulement 27,50% des écloseries ont enregistré un taux d’observance élevé.

 

 

Tableau 3: Taux d’observance des mesures de biosécurité dans les écloseries piscicoles du Département du Wouri

Composantes de la biosécurité                                                       Taux observance (%) F (p)
[0-25] [25-75] [75-100] M±SD (Min-Max)  

 

24,47 (0,001*)

Isolement 0 (0) 18(45) 22 (55)  71,95±16,31 (44,44 – 88,89)
Gestion des Mouvements 0 (0) 17(42,50) 23 (57,50)   75,00±10,67 (50,00 – 83,33)
Assainissement 1(2,5) 31 (77,50) 8(20)   53,70±16,64 (40,54 – 83,11)
Total 0 (0) 29 (72,50) 11(27,50) 65,95 ±15,14 (40,54 – 89,19)

Nombre de fermes (% de fermes) ; M : Moyenne ; SD : Ecart-type ; Min : minimum ; Max : maximum ; * significatif ; p : Probabilité d’erreur ; F : Valeur de l’analyse de la variance

 

 

Taux d’observance des mesures de biosécurité en fonction des caractéristiques sociodémographiques des écloseries piscicoles du Département du Wouri : La fréquence de distribution du taux d’observance des mesures de la sécurité biologique en fonction des caractéristiques sociodémographiques des pisciculteurs révèle que seul le statut matrimonial (célibataires) a montré un effet significatif sur le taux d’observance (Tableau 4). En effet, les pisciculteurs célibataires ont plus observé  ces mesures que les pisciculteurs mariés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tableau 4: Distribution du taux d’observance en fonction des caractéristiques sociodémographiques des écloseries piscicoles du Département du Wouri

Caractéristiques Sociodémographiques des pisciculteurs Modalités Fréquences des écloseries (%) Taux d’observance (moyenne ± Ecart-type) U ou H p
Age des pisciculteurs (ans) [18-40] 95,00 67,07±13,95 (55,56-87,39) H = 4,18 0,243
>40 5,00 89,19± 13,38 (43,24-62,16)
Genre Féminin 15,00 62,61±14,03 (45,95-83,78) U = 86,50 0,569
Masculin 85,00 66,53±15,45 (40,54-89,19)
Statut matrimonial Célibataire 77,50 68,61±14,31 (45,95-89,19) U = 75,50 0,03*
Marié 22,50 56,76±15,05 (40,54-89,19)
Nombre d’années d’exploitation [1-5] 72,50 67,47±14,24 (40,54-89,19) H = 1,48 0,476
>5 27,50 61,99±19,26 (45,95-66,23)
Niveau d’étude Secondaire 10,00 56,76±18,23 (45,95-89,19) H = 51,50 0,146
Supérieur 90,00 67,26±14,48 (40,54-89,19)
Activité principale Producteurs d’alevins 87,50 66,56±14,91 (40,54-89,19) U= 72 ,00 0,538
Autres 2,50 61,62±17,87 (43,24-89,19)
Objectifs de l’élevage Faire les dons 2,50 86,49±0,0 (86,49-86,49) H = 2,61 0,270
Loisir et AGR 5,00 75,68±19,11 (62,16-89,19)
AGR 92,50 64,86±14,83 (40,54-89,19)
Formation reçue en Aquaculture Oui 90,00 66,97±14,29 (40,54-89,19) U= 42 0,182
Non 10,00 56,76±21,73 (43,24-89,19)
Lieu de formation en Aquaculture FASA 7,50 71,17±17,59 (54,05-89,19) U = 0,94 0,815
CNFZV 17,50 66,02±16,80 (45,95-89,19)
ENSAHV 52,50 68,47±13,41 (40,54-86,49)
Autres 2,50 64,41±17,80 (48,65-89,19)

USD: Dollar Américain (United States Dollars) ; SD : Ecart-type ; Min : Minimum ; Max : Maximum ; p: Probabilité d’erreur; *:  Significatif; U: Mann-Whitney test value ;  F: Analysis of Variance  value ; AGR : Activités Génératrices de Revenus ; FASA : Faculté d’Agronomie et des Sciences Agricoles de l’Université de Dschang-Cameroun ;  CNFZV : Centre National de Formation Zootechnique et Vétérinaire de Foumban ; ENSAHV : Ecole Nationale Supérieure d’Agronomie, d’Halieutique et de Médecine Vétérinaire de l’ Université de Douala-Cameroun

 

Taux d’observance des mesures de biosécurité en fonction des caractéristiques technicoéconomiques des écloseries piscicoles du Département du Wouri : Les taux d’observance des mesures de biosécurité en fonction des caractéristiques technicoéconomiques des écloseries piscicoles du Département du Wouri sont résumés dans le tableau 5. Il apparait que la densité de mise en charge, le taux de mortalité, la fréquence de nourrissage et la durée de stockage de l’aliment ont significativement affecté le taux d’observance. En effet, le taux d’observance a été plus élevé lorsque les poissons ont été nourris 5 à 6 fois par jour, l’aliment stocké entre 7-14 jours, pour une densité de mise en charge de 2500-5000 individus/m3 et pour un taux de mortalité compris entre 18% et 35%.

 

 

 

 

 

 

Tableau 5: Taux d’observance des mesures de biosécurité en fonction des caractéristiques technicoéconomiques des écloseries piscicoles du Département du Wouri

Caractéristiques technicoéconomiques Modalités  Fréquences des écloseries

(%)

Taux d’observance [Moyenne ± SD (Min-Max)] U ou H p
Durée du cycle de production (semaines) [8-10] 47,5 66,43±13,91 (45,95-86,49) U = 197,5

 

0,967

 

[11-14] 52,5 65,51±16,50 (40,54-89,19)
Densité de mise en charge (poissons/m3) [2500-5000] 60 72 ,19±13.72 (45,95-89,19)  U=79,50  0,01*
[6000-12000] 40 56,59±12,30 (40,54-83,78)
Production (kg) par cycle [10000-35000] 45  68,02±13,35 (45,95-89,19)      –      –
[50000-80000] 42,5 64,32±16,76 (43,29-89,19) H = 0,295 0,746
[100000-350000] 12,5 64,09±17,50 (40,54-86,49)
Nombre de récolte par an [2-4] 52,5 66,51±15,24 (43,24-89,19)  U =178 ,5  0,651
 [5-6] 47,5 65,18±15,43 (40,57-86,49)
Taux de mortalité (%) [18-35] 47,5 74,62±13,47 (48,45-89,19)  H = 13,80  0,01*
[36-60] 42,5 61,37±12,99 (40,54-86,49)
[61-72] 10b 50,27±7,303 (43,29-59,46)
Système de production Intensif 100 65,95 ±15,14 (40,54 -89,19)
Semi-intensif 0 0
Extensif 0 0
Infrastructures de production Fastank 100 65,95 ±15,14 (40,54 -89,19)
Bac bétonné 0 0
Types de culture Monoculture 100 65,95 ±15,14 (40,54 -89,19)
Polyculture 0 0
Espèces élevées Clarias gariepinus 10 65,95 ±15,14 (40,54 -89,19)
Cyprinus carpio 0 0
Oreochromis niloticus 0 0
Nombre de personnel [1-2] 92,5  65,60±14,48 (43,24-89,19)  U = 49,50  0,767
[3-4] 7,5 70,27±25,78 (40,54-86,49)
Budget alloué à la biosécurité (USD) [9-181] 18,5 65,99±15,41 (45,95-89,49) U = 127,5 1,00
 Inconnu 71,5 64,96±15,39 (40,54-86,19)
Sources d’eau  Forage 65 66,57±15,33 (40,54-89,19) H = 0,428 0,807
Puits aménagé 7,5 65,60±16,49 (89,19-45,95)
Camwater 27,5 59,46±3,81 (56,76-62,16)
Nombre d’infrastructures [3-15] 72,5 67,19±15,30 (45,95-89,19) U = 129,0 0,362
[16-38] 27,5 62,65±14,89 (40,54-86,49)
Type d’aliment  Importé 100 65,95 ±15,14 (40,54 -89,19)
Local 0 0
Local et importé 0 0
Fréquence de nourrissage par jour [5-6] 52,5 72,47±14,55 (45,95-89,19) U = 83,0 0,05*
[7-14] 47,5 60,31±14,86 (40,54-86,49)
Durée de stockage de l’aliment (jours) [7-14] 72 ,5 62,44±15,18 (40,54-89,19) U = 204,05 0,05*
[15-150] 27,5 71,04±13,81 (40,95-85,19)
Traitement de l’eau avant usage  Oui 27,5 66,49±15,35 (45,95-89,19) U = 142,0 0,936
Non 72,5 65,70±15,60 (40,54-89,19)

 

USD: Dollar Américain (United States Dollars) ; SD : Ecart-type ; Min : Minimum ; Max : Maximum ; p: Probabilité d’erreur; *:  Significatif ; U: Mann-Whitney test value ;  F: Analysis of Variance  value ; Camwater : Cameroon water utilities corporation (company in charge of potable water supply in Cameroon)

 

DISCUSSION

 

Le taux global d’adoption des mesures de biosécurité a été moyen car seulement 61 ,19% des producteurs l’ont pratiquées . La cause serait le manque de formation en sécurité biologique(seulement 52,50% des pisciculteurs formés) et les contraintes financières auxquelles font face les pisciculteurs. Par ailleurs, la négligence et l’ignorance de ces mesures par les pisciculteurs pourraient aussi expliquer cette observation. Cette valeur globale est plus élevée que celles obtenues par Ngueguim et al. (2020) à l’Ouest-Cameroun (48,69%), Fonkwa et al. (2023a) au Littoral-Cameroun (40,40%) et Fonkwa et al. (2024b) dans la Région du Sud (34,58%). En effet, la vulgarisation des résultats de la recherche sur la biosécurité au Cameroun à travers les séminaires et les publications scientifiques aurait motivé les pisciculteurs à mettre un accent sur sa pratique.Par ailleurs, la variation géographique des valeurs des déterminants sociodémographiques et technicoéconomiques de la pratique biosécuritaire expliquerait la différence entre les taux d’adoption des différentes mesures.  La présente étude a montré que la composante la plus adoptée a été la gestion du trafic suivie de l’isolement et de l’assainissement. Les mesures de la composante gestion du trafic seraient moins contraignantes techniquement et financièrement pour les pisciculteurs du Département du Wouri. Ces résultats sont comparables à ceux de Ngueguim et al. (2020), Fonkwa et al. (2023a) et Fonkwa et al. (2024a). A l’opposé, Fonkwa et al. (2024b) ont révélé que la composante la plus adoptée a été l’isolement, suivie de la gestion du trafic et l’assainissement car les mesures relatives à l’isolement ont été moins nombreuses et donc facilement applicables.  Relativement au taux d’adoption des mesures de biosécurité, les mesures les moins adoptées ont été « Tenue spéciale pour visiteurs », « Visite du vétérinaire », « Analyse physicochimique de l’eau » et « Aire pour visiteurs ».  Lesdites mesures seraient plus coûteuses contrairement aux mesures les plus adoptées notamment « Pas d’échange de matériel avec d’autres écloseries », « Circuit d’eau ouvert », « Siphonage des bacs de production », « Surveillance quotidienne des poissons », « Visiteurs accompagnés » « vide sanitaire » et « Retrait des poissons morts ». Ces résultats sont différents de ceux obtenus par Ngueguim et al. (2020), Fonkwa et al. (2023a) et Fonkwa et al (2024a et 2024b), où les mesures les moins adoptées ont été « Vide sanitaire », « Absence d’autres animaux à la ferme », « visite vétérinaire », « Utilisation du pédiluve », « Poissons morts incinérés » et « Analyse de la qualité de l’eau ». Pour ces mêmes auteurs, les mesures les plus adoptées ont été « Pas d’échange de matériel avec d’autres fermes » et « Infrastructures d’élevage montées en parallèle ». Les différences notées seraient liées à la variation des caractéristiques sociodémographiques et technicoéconomiques des élevages piscicoles. Le taux d’observance des mesures de biosécurité a été moyen (72,50%) et en deçà du niveau attendu (75-100%). Autrement dit les écloseries piscicoles du Département du Wouri sont à risque modéré de contamination par les agents pathogènes. Ce taux moyen a pour conséquence les pathologies à l’origine des taux de mortalités élevés des poissons et des pertes économiques considérables souvent observées en écloserie piscicole (Fonkwa et al., 2023a). Cette valeur de 72,50% (intermédiaire ou moyenne) non satisfaisante est comparable à celle trouvée Au Cameroun par Fonkwa et al. (2024a) dans la Région du Centre, Fonkwa et al. (2023a et 2023b) dans la Région du Littoral et Fonkwa et al. (2024b) dans la Région du Sud. Ce taux serait dû à la négligence, l’ignorance et le manque de moyens financiers chez les pisciculteurs pour l’application de certaines mesures de biosécurité. Pour ce qui est de l’effet des caractéristiques sociodémographiques des pisciculteurs du Département du Wouri sur le taux d’observance des mesures de gestion des risques biologiques, seul le statut matrimonial a significativement affecté la pratique de biosécurité. En effet, les producteurs célibataires ont plus observé ces mesures que les producteurs mariés. Les pisciculteurs célibataires auraient moins de charge familiale et donc plus susceptibles à financer l’application des mesures de sécurité biologique. Le taux d’observance des mesures de protection biologique en fonction des caractéristiques technicoéconomiques a montré que le taux d’observance a été plus élevé lorsque les poissons ont été nourris 5 à 6 fois par jour, l’aliment stocké entre 7-14 jours, pour une densité de mise en charge de 2500-5000 individus/m3 et un taux de mortalité compris entre 18% et 35%.  La densité de mise en charge moins élevée permet une gestion plus aisée des conditions sanitaires et une application plus efficace des mesures de sécurité biologique  ainsi, les pisciculteurs peuvent avoir plus de facilité à maintenir des conditions de biosécurité optimales. Une fréquence de nourrissage moins élevée facilite l’application desdites mesures car moins contraignante et demande moins de travail. Une durée élevée de la conservation d’aliment peut augmenter les risques de contamination par des agents pathogènes, ainsi les pisciculteurs doivent gérer attentivement les aliments stockés pour prévenir les risques sanitaires. La baisse du taux de mortalité avec l’augmentation du taux d’observance des mesures de biosécurité serait tributaire du fait que ces mesures réduisent la probabilité de contact entre les agents pathogènes et les alevins.

 

 

CONCLUSION ET APPLICTION DES RESULTATS

 

Le niveau implémentation des mesures de biosécurité a été moyen. Les déterminants sociodémographiques (statut matrimonial) et technicoéconomiques (densité de mise en charge, le taux de mortalité, la fréquence de nourrissage et la durée de stockage de l’aliment) ont significativement affecté le taux d’observance des mesures de sécurité biologique dans les écloseries piscicoles de la zone forestière à pluviométrie monomodale du Cameroun. Les propriétaires d’écloseries piscicoles doivent investir davantage dans la   gestion des risques biologiques afin de réduire davantage les risques de propagation d’agents pathogènes. Par ailleurs, les pouvoirs publics doivent mettre un accent sur la formation, les séminaires de renforcement des capacités des pisciculteurs sur la pratique biosécuritaire et le financement des projets piscicoles.

 

 

INTÉRÊT CONCURRENT

Les auteurs déclarent qu’il n’existe aucun intérêt concurrent.

 

REMERCIEMENTS

Les auteurs remercient les pisciculteurs du Département du Wouri et la Délégation Départementale du Ministère de l’Elevage, des Pêches et des Industries Animales (MINEPIA) pour la collaboration.

 

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