Ingestibilité et digestibilité des rations contenant des feuilles fraiches de Ficus sycomorus et de Khaya senegalensis chez les ovins Djalonké

 

Journal of Applied Biosciences 222: 24740 – 24751

ISSN 1997-5902

 

Ingestibilité et digestibilité des rations contenant des feuilles fraiches de Ficus sycomorus et de Khaya senegalensis chez les ovins Djalonké

 

SANOU Sita1, DJIGUEMDE Michel2, NITIEMA Assètou Wahiba3, SANON Hadja Oumou1

1Centre National de Recherche Scientifique et Technologique / Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles (INERA), Laboratoire de Recherche en Production et Santé Animales 04 BP 8645, Ouagadougou 04, Burkina Faso .

2Ecole Nationale de l’Elevage et de la Santé Animale (ENESA), Ouagadougou, Burkina Faso.

3Centre d’Excellence Régional sur les Productions Pastorales (CERPP), Faculté d’Agronomie, Université Abdou Moumouni de Niamey, BP 10960, Niamey Niger.

Auteur correspondant : SANOU Sita, Tel (+226)70738033, email : zouwiss@yahoo.fr  

 

Submitted 22/04/2026, Published online on 31/07/2026 in the https://www.m.elewa.org/journals/journal-of-applied-biosciences-about-jab/  https://doi.org/10.35759/JABs.222.7

 

RÉSUMÉ

Objectif: Dans les systèmes d’élevage extensifs burkinabè, les fourrages ligneux servent de complément protéique aux animaux en saison sèche. L’étude visait à mesurer l’effet de l’incorporation des feuilles de Ficus sycomorus (figuier sycomore) et de Khaya senegalensis, (caïlcédrat) dans la ration des ovins mâles adultes d’un poids moyen de 20,8 kg.

Méthodologie et résultats : Trois rations de base ont été testées : R1=100% foin, R2=70% foin + 30% F. sycomorus, et R3=70% foin + 30% K. senegalensis. Les mesures portaient sur l’ingestion, la digestibilité et la composition chimique. Les résultats montrent que l’ingestion volontaire de la matière sèche (MS) des rations a augmenté avec l’incorporation des feuilles. Elle est passée de 64 g MS/ kg PV0,75 pour la ration à foin seul à 71-72 g MS/ kg PV0,75 pour celles avec les feuilles de K. senegalensis et de F. sycomorus. La digestibilité de la MS s’est améliorée jusqu’à 60,8% avec K. senegalensis, mais celle des MAT baisse avec les feuilles de F. sycomorus en raison probablement de la présence des tanins.

Conclusion et application des résultats : Les ligneux fourragers stimulent l’ingestion et favorise la digestion des fibres grâce à leur richesse protéique. Mais les tanins de F. sycomorus paraissent limiter la digestibilité protéique et minérale. A la lumière des résultats, K. senegalensis apparaît plus adapté comme complément. Le fanage de ses feuilles est à envisager pour réduire l’effet néfaste des tanins de F. sycomorus.

Mots clés : ligneux fourragers, feuilles fraiches, foin de Pennisetum pedicellatum pennisetum, ovins, ingestibilité, digestibilité

 

 

 

 

 

ABSTRACT

Objective: In Burkina Faso’s extensive livestock systems, woody forages serve as protein supplements for animals during the dry season. This study aimed to assess the effect of incorporating Ficus sycomorus (sycamore fig) and Khaya senegalensis, (Senegal mahogany)  leaves into the ration of adult male sheep with an average weight of 20.8 kg.

Methodology and results: Three basal rations were tested: R1 = 100% hay, R2 = 70% hay + 30% F. sycomorus, and R3 = 70% hay+30% K. senegalensis. Measurements focused on intake, digestibility, and chemical composition. The results show that voluntary dry matter (DM) intake increased with leaf incorporation, rising from 64 g DM/kg BW0.75 for the hay-only ration to 71-72 g DM/kg BW0.75 for rations with K. senegalensis and F. sycomorus leaves. Dry matter digestibility improved to 60.8% with K. senegalensis, but crude protein digestibility decreased with F. sycomorus leaves, likely due to tannins.

Conclusion and application of results: Woody forages stimulate intake and promote fiber digestion through their high protein content. However, the tannins in F. sycomorus appear to limit protein and mineral digestibility. Based on these findings, K. senegalensis emerges as the more suitable supplement. Wilting its leaves could be considered to mitigate the adverse tannin effects in F. sycomorus.

Keywords: woody forages, fresh leaves, Pennisetum pedicellatum ( Deenanath grass) hay, sheep, intake, digestibility.

 

INTRODUCTION

 

Au Burkina Faso, le système d’élevage extensif prédomine largement. Dans ce mode de production, les animaux pâturent librement dans la végétation naturelle, sélectionnant les plantes qui leur conviennent pour subvenir à leurs besoins essentiels d’entretien et de production (Klein et al., 2019). La qualité nutritionnelle des pâturages varie selon les saisons et peut s’avérer insuffisante ou médiocre. Durant la longue période sèche, les herbes perdent leur valeur nutritive, les fourrages herbacés deviennent pauvres en azote, limitant ainsi leur digestibilité. Les éleveurs, conscients de ces contraintes, complètent alors les rations avec des aliments riches en matières azotées totales, tels que les tourteaux de coton, les fanes de légumineuses ou les feuilles et fruits d’arbres et arbustes fourragers. Dans les systèmes extensifs, le broutage des ligneux fourragers débute lorsque les graminées sèches offrent peu de protéines brutes (Lawton, 1980), signalant aux animaux la nécessité de cette ressource complémentaire. Les ligneux fourragers constituent un complément alimentaire précieux pour les herbivores. Bien qu’ils soient consommés toute l’année, les ligneux fourragers sont exploités de manière plus intensive durant la saison sèche, période critique pour l’affouragement du bétail (Koné et al., 2023). Ces fourrages enrichissent les rations en matières azotées, favorisant ainsi une digestion microbienne améliorée des fibres cellulosiques des pailles dans le rumen (Klein et al., 2019). De plus, leur teneur en protéines brutes dépasse généralement celle des graminées tout au long de l’année, excepté au tout début de la saison de croissance (Lawton, 1980 ; Dioné et al., 2022 ; Koné et al., 2023). Compte tenu de ‘’importance stratégique des ligneux fourragers dans l’alimentation animale, Les feuilles de certaines espèces comme F. sycomorus, F. exasperata, Pterocarpus erinaceus et K. senegalensis sont récoltées pour nourrir les petits ruminants dans diverses régions d’Afrique de l’Ouest (Sèwadé et al., 2016 ; Klein et al., 2019). C’est dans cette perspective que la présente étude a été conçue pour évaluer l’effet de l’incorporation des feuilles fraîches de F. sycomorus et de K. senegalensis sur l’ingestion et la digestibilité des rations composées de fourrages pauvres.

 

MATÉRIELS ET MÉTHODES

 

Matériel végétal: La ration de base était composée de foin de Pennisetum pedicellatum et de feuilles de F. sycomorus (Photo 1) ou de K. senegalensis (Photo 2). Cette ration a été complémentée avec 100 g de tourteau de coton. Le tourteau de coton a été utilisé comme supplément alimentaire protéique. Les feuilles fraiches de ces ligneux ont été intégrées dans les rations à raison de 30% de la capacité de l’ingestion journalière des animaux. Pour l’essai, 3 rations ont été testées (Tableau 1).

 

 

Photo 1 : Ficus sycomorus   Photo 2 : Khaya senegalensis

 

Tableau 1 : Rations alimentaires de l’essai

Rations Rations de base (%) Complément
P. pedicellatum F. sycomorus K. senegalensis Tourteau de coton
P. pedicellatum (foin) 100 0 0 100 g
F. sycomorus 70 30 0 100 g
K. senegalensis 70 0 30 100 g

 

 

Les différents aliments ont été pesés avec une balance électrique de portée 3 kg avec une précision de 1 g avant d’être servis dans les mangeoires. La quantité de rations totales journalières distribuée a été calculée sur la base du poids vif des animaux à raison de 3,5% du poids vif. Les quantités des différents aliments constituants de la ration ont été déterminées sur la base de leur taux d’incorporation dans la ration totale. Les animaux avaient libre accès à l’eau d’abreuvement et à la pierre à lécher

Matériel animal: Douze (12) ovins (Ovis aries L.) mâles adultes non castrés de race Djallonké variété mossi (race mossi), et âgés de 18 à 36 mois ont été utilisés. Ils avaient un poids vif moyen initial de 20,8±3,81 kg variant entre 14,5 kg et 27,7 kg. Les animaux ont été vaccinés contre la pasteurellose et la peste des petits ruminants et déparasités avant le début de l’essai. Pour le déparasitage, chaque animal a reçu 1 ml d’ivomec-D (Ivermectine plus closuron) et un comprimé d’albendazole de 250 mg dont une deuxième dose a été administrée 10 jours plus tard.

Dispositif expérimental: L’essai a été conduit selon un dispositif de randomisation complète avec 12 ovins mâles adultes. Les animaux ont été répartis en 3 lots de 4 têtes. Les lots ont été constitués afin d’avoir un poids vif moyen similaires entre eux. Les animaux ont été placés dans divers compartiments d’un même bâtiment. Chaque mouton était attaché à un piquet par une corde nouée autour du cou. Les rations alimentaires ont été affectées de façon aléatoire aux différents lots.

  • Ingestion volontaire : Pour la mesure des quantités volontairement ingérées, le taux de refus a été fixé entre 10 et 30% (Klein et al., 2019). L’étude a comporté deux phases, une phase d’adaptation de 14 jours et une phase de collecte de données de 60 jours. Chaque jour, les aliments sont pesés et distribués aux animaux. Le lendemain, les refus sont retirés des mangeoires et pesés. L’ingestion volontaire exprimée en g/j/animal était calculée en faisant la différence entre la quantité offerte et celle refusée sur la base de la MS. Les poids moyens des animaux estimés à partir des poids de début et en fin de l’expérimentation étaient utilisés pour exprimer l’ingestion volontaire en fonction du poids métabolique exprimée en g/j/kg PV0,75.

IV : Ingestion volontaire

Qté of : Quantité offerte

Qté ref Quantité refusée

Mesure du coefficient de digestibilité apparente: La digestibilité des rations détermine la capacité des animaux à décomposer et à absorber les nutriments contenus dans ces rations. Les deux (02) dernières semaines de la phase de collecte ont été consacrées à la mesure de la digestibilité apparente. Période au cours de laquelle les animaux ont été habitués au port des culottes de digestibilité pendant la 8 jours et la collecte des données pour le calcul de la digestibilité a été faite sur une période de 5 jours (Matumuini et al., 2013). La digestibilité a été mesurée selon la méthode classique des bilans in vivo. Pour faciliter la mesure des fèces, chaque animal a été muni d’une culotte de collecte de fèces. Pour le calcul du coefficient de digestibilité apparent, les fèces étaient collectées chaque matin avant la distribution des aliments. Pour chaque animal, 20% de la quantité journalière de fèces ont été prélevés puis le poids a été noté (P1). Ensuite cet échantillon a été séché à l’ombre pendant une semaine puis pesée (P2), cet échantillon a été ensuite conservé dans un sac plastique pour les analyses bromatologiques. Les échantillons de P. pedicellatum, de F. sycomorus, de K. senegalensis et du tourteau de coton distribués et refusés ont été également prélevés journalièrement et conservés pour des analyses bromatologiques. La digestibilité de la ration (dR) a été calculée en utilisant la formule suivante :

Avec dR : digestibilité de la ration, I : quantité de MS ingérée et F : quantité de MS de fèces excrétée.

Analyse chimique des échantillons: Les analyses chimiques ont concerné l’évaluation de la Matière Sèche (MS), la Matière Minérale (MM), la Matière Organique (MO), les MAT, la Cellulose brute (CB). Pour la détermination de la MS, les échantillons ont été placés dans une étuve à la température de 105°C pendant 24 heures. Ensuite, ces échantillons ont été placés dans un four à moufle à une température de 550°C pendant une durée de 4 heures pour la détermination de la MM. La MO est obtenue par déduction en faisant 100-MM. La détermination de l’azote a été faite par la méthode de Kjeldahl. La concentration en protéine est estimée en fonction de sa teneur en azote sur la base d’une teneur moyenne en azote de 16% dans les végétales (N*100/6 ou N*6,25). La composition chimique des rations a été déterminée en tenant compte de la teneur en nutriments des ingrédients constitutifs des rations et de leur proportion dans lesdites rations.

Analyses statistiques : Les données collectées ont servi à créer une base de données en utilisant le tableur Microsoft Excel 2021. Le logiciel R version 4.4.1 a été utilisé pour effectuer l’analyse statistique des données. Les données de la composition chimique, de l’ingestion volontaire, de la valeur d’encombrement et de la digestibilité. Ont fait l’objet d’une analyse de variance à un critère (ANOVA 1) seuil de 5 %. Les tests de Shapiro-Wilk et de Bartlett ont permis de vérifier respectivement la normalité des distributions et l’homogénéité des variances. Selon la distribution des données, une ANOVA avec test de Tukey a été utilisée pour comparer les moyennes deux à deux des données normales et homogènes, tandis que le test de Kruskal-Wallis a été pour les données non normales et non homogènes.

 

 

RÉSULTATS

 

Composition chimique des feuilles de F. sycomorus et de K. senegalensis: L’analyse de la composition chimique des feuilles de F. sycomorus et de K. senegalensis a montré qu’elles sont riches en protéines brutes (MAT). La teneur en MAT des feuilles fraîches de F. sycomorus a été de 109,5 g/kg MS et celle de K. senegalensis de 130,7g/ kg MS. Pour les autres ingrédients alimentaires utilisés, l’analyse a montré une teneur en MAT de 249,7 g/ kg MS pour le tourteau de coton et de 43,6 g/ kg MS pour le foin de P. pedicellatum. En plus de leur richesse en protéines brutes, les feuilles de F. sycomorus sont également riches en matières minérales (MM). Elles ont enregistré les teneurs les plus élevées de 164,9 g MM/ kg MS contrairement aux feuilles de K. senegalensis, qui ont enregistré des teneurs moins élevées (60,5 g MM/ kg MS). Les feuilles de F. sycomorus ont eu des teneurs en CB plus faibles (138,3 g/ kg MS que celle du foin de P. pedicellatum (416, 3 g/ kg MS) et du tourteau de coton (250,6 g/ kg MS). Les teneurs élevées en protéines brutes des feuilles de ligneux ont augmenté la quantité de protéines brutes des rations entières distribuées (Tableaux 2 et 3).

 

 

Tableau 2 : Composition chimique des différents aliments des rations (g/ kg MS)

Aliments distribués MS* MO MAT MM CB
P. pedicellatum (foin) 949,5±0,23b 898,8±0,21b 43,6±0,25b 101,2±0,21a 416,3±0,19d

 

F. sycomorus (feuilles fraîches) 302±0,00a 835±0,38a 109,6±0,28a 165±0,38c 138,3±0,05a

 

K. senegalensis (feuilles fraiches) 420± 0,00c 939,4±0,00c

 

130,7±0,23c 60,5±0,001a 295,8± 0,13 a

 

Tourteau de coton 954,4±0,64b 945,1±0,21d 249,8±0,25d 54,9±0,20d 250,6±0,16c
P value 0,000 0,000 0,000 0,000 0,000

Les valeurs moyennes suivies de la même lettre dans la même colonne ou ayant une lettre en commun ne sont pas statistiquement différentes au seuil de 5%

MS= matière sèche ; MM= matière minérale ; MO =matière organique ; MAT= matière azotée totale ; CB= Cellulose brute, * MS est exprimé en g/kg matière fraîche.

 

Tableau 3 : Composition chimique des différentes rations distribuées (%)

Rations distribuées MS MO MM MAT CB
100% Foin 94,1±0,01a 90,4±0,10a 9,6±0,10a 6,7±0,43a 39,7±0,34a
70% foin+30% Ficus 60,9±0,33b 88,6±0,09b 11,4±0,09b 8,4±0,24b 32,2±0,09b
70% foin+30% Khaya 71,7±0,28c 90,8±0,04c 9,2±0,04c 8,9±0,19c 36,6±0,13c
P value 0,007 0,007 0,007 0,000 0,007

 

 

Ingestion des rations contenant les feuilles de F. sycomorus et de K. senegalensis : La consommation des rations rapportée au poids métabolique a montré une différence significative entre les rations au seuil de 5%. La distribution du foin de P. pedicellatum aux ovins adultes comme seul aliment a permis de noter une consommation volontaire journalière moyenne de 63,9 g MS/ kg PV0,75. Lorsque des feuilles fraiches de F. sycomorus et de K. senegalensis ont été introduites dans leur alimentation, il a été constaté une amélioration du niveau de consommation. La consommation alimentaire est passée de 64 g/ kg PV0,75 à 72 g/ kg PV0,75. Cette tendance a été observée dans la consommation des autres nutriments (MO, MM et MAT) des rations totales (Tableau 4). L’incorporation des feuilles fraiches aussi bien de F. sycomorus tout comme de K. senegalensis dans la ration de P. pedicellatum a augmenté le niveau d’ingestion de la ration totale.

 

 

Tableau 4 : Ingestion des nutriments des rations contenant les feuilles fraiches de F. sycomorus et de K. senegalensis en fonction du poids métabolique (g/ jour/ kg PV0,75)

Taux des feuilles MS MO MM MAT CB
100% foin 63,9±1,57b 57,9±1,4b 6,0±0,23b 4,8±0,3c 25,0±0,9b
70% foin+30% Ficus 71,3±3,27a 63,1±2,9aba 8,5±0,36ac 6,5±0,2a 22,2±1,3a
70% foin+30% Khaya 71,8±3,80a 65,9±3,4a 5,8±0,36 a 7,2±0,3b 25,4±1,5b
P value 0,009 0,007 0,007 0,000 0,013

 

 

Digestibilité des différentes rations utilisées: L’incorporation des feuilles de F. sycomorus et de K. senegalensis à 30% de la ration journalière n’a pas entrainé une différence significative. Cependant, les résultats de la digestibilité de la MS des rations constituées de foin de P. pedicellatum comme seul fourrage grossier a été de 50,5%. La digestibilité des rations s’est améliorée lorsqu’on a ajouté au foin des feuilles de ligneux fourragers. L’incorporation des feuilles fraiches de F. sycomorus et de K. senegalensis a entrainé une amélioration de la digestibilité de la MS des rations. La digestibilité est passé de 50,5% à 53,3% avec l’incorporation des feuilles de F. sycomorus et à 60,8% avec l’incorporation des feuilles de K. senegalensis. L’amélioration de la digestibilité a été plus notable avec les feuilles de K. senegalensis, qui a été de 10 points. L’intégration donc de feuilles de ligneux dans une alimentation basée sur la distribution de foin de P. pedicellatum a amélioré la digestibilité de la MS des rations (Tableau 5). Avec l’incorporation des feuilles de F. sycomorus à hauteur de 30% dans la ration des béliers, il a eu une tendance à la baisse de la digestibilité des protéines. Cependant avec les feuilles de K. senegalensis incorporées au même niveau, aucune variation n’a été observée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tableau 5. Digestibilité des rations avec différents niveaux d’incorporation des feuilles fraiches de F. sycomorus ou de K. senegalensis

Rations de base dMS (%) dMO (%) dMM (%) dMAT (%) dCB (%)
100% Foin 50,5± 5,17a 56,1±1,47a 37,6±4,39c 44,9±0,83a 61,4±0,26a
70% foin+30% Ficus 53,3±5,27a 58,0±4,26a 10,8±15,18a 29,8±12,27a 54,5±3,51a
70% foin+30% Khaya 60,8±3,35 a 60,9±3,28a 52,0±6,87b 44,7±5,03a 57,0±1,24a
P value 0,072 0,286 0,008 0,226 0,105

Les valeurs moyennes suivies de la même lettre dans la même colonne ou ayant une lettre en commun ne sont pas statistiquement différentes au seuil de 5%.

 

DISCUSSION

 

Composition chimique des différents ingrédients des rations utilisées: L’analyse de la teneur en constituants chimiques des fourrages montre de très fortes variations dans leur composition qui dépend de beaucoup de facteurs : génétiques, climatiques, conditions de croissance et type de sols (Mathieu et al., 2018). L’examen de ces résultats, montre que les ligneux fourragers utilisés dans cette étude possèdent des teneurs en protéines plus élevées que celle du foin. Cette observation est en accord avec celle de Walker (1980) qui a noté que la teneur en protéines brutes de la plupart des ligneux fourrages était généralement beaucoup plus élevée que celle des graminées en toutes saisons sauf début de la saison de croissance. La teneur en protéines brutes des feuilles fraiches de F. sycomorus (109,5 g/kg MS) est inférieure à celle des feuilles fraiches de K. senegalensis (130,7 g/kg MS). Comparativement à d’autres ligneux fourragers comme Acacia raddiana, Balanites aegyptiaca, Faidherbia albida, Boscia senegalesis, K. senegalensis et P. lucens, les feuilles de F. sycomorus ont aussi une teneur relativement faible en protéines brutes (Le Houérou 1980a;  Boukila et al., 2005 ; Ickowicz et al. 2005; Kaboré-Zoungrana et al. 2008 ; Kadi et Zirmi-Zembri 2016 ; Sidibé et al. 2019). Cela témoigne d’une grande variabilité au sein des ligneux fourragers. Cette différence peut être due à l’influence de certains facteurs tels que le type de sol, le stade physiologique de la plante au moment de la récolte, ou la saison (Le Houérou, 1980a).  Grâce à sa teneur relativement élevée en protéines brutes, les feuilles de F. sycomorus peuvent être pour les herbivores un complément alimentaire important en fin de saison sèche, où le fourrage herbacé se fait rare et présente une faible valeur nutritive. En plus d’être riche en protéines brutes, les feuilles de F. sycomorus ont également une teneur élevée en MM par rapport au foin de P. pedicellatum. La richesse des ligneux fourragers en éléments minéraux en comparaison aux graminées fourragères tropicales a été prouvée il y a déjà des décennies (Lawton, 1980 ; Le Houérou, 1980a). Par conséquent, la consommation des ligneux fourragers permettrait d’atténuer les risques de carence minérale liée aux fourrages herbacés secs qui sont pauvres en minéraux tels que le phosphore, le cuivre, le zinc et le sodium (Klein et al., 2013). La teneur en minéraux des fourrages ligneux est similaire à celle des capparidaceæ qui sont particulièrement connus pour leur richesse en minéraux qui atteint 14% de MS (Le Houeéou, 1980b). Cependant, il y a des ligneux fourragers qui sont moins riches en MM, c’est le cas par exemple des feuilles de K. senegalensis qui ont eu une teneur en MM de 6%. Ce résultat est en accord avec les données de la littérature selon lesquelles les fourrages ligneux sont plus riches en minéraux (Le Houérou, 1979). Les feuilles de F. sycomorus ont enregistré une teneur assez faible en CB comparativement à celle des autres ingrédients que sont le foin de P. pedicellatum et le tourteau de coton. La teneur observée (15,5%) est à la limite du seuil de 15% qui est généralement utilisé pour distinguer les aliments grossiers des aliments concentrés. Les feuilles de F. sycomorus sont de ce fait classées dans la catégorie des aliments grossiers. Partant de la teneur en CB, les feuilles de F. sycomorus sont moins fibreuses que celles d’autres espèces telles que Pterocarpus erinaceus, Afzelia africana, Danielia oliveri, Acacia sieberiana (Sidiimorou et al., 2016) et Cajanus cajan (Babatoundé et al., 2010). Cependant, il faut ajouter que la teneur en CB des feuilles de F. sycomorus peut varier d’un pays à l’autre selon les conditions agroécologiques. Ainsi dans la zone soudano-sahélienne du Cameroun, les feuilles de F. sycomorus ont enregistré une teneur en CB de 13,6% MS (Tendonkeng et al., 2010) et dans la zone nord-soudanienne du Benin, les feuilles de la même espèce ont eu une teneur en CB de 18,7% (Sidiimorou et al., 2016). Ces variations en teneur des constituants chimiques des plantes au sein d’une même espèce peuvent être plus marquées que celles entre différentes espèces (Walker, 1980). Ces variations peuvent être liées à plusieurs facteurs tels que le type de sol, le stade physiologique de la plante au moment de la récolte, ou la saison, aux techniques d’analyse de laboratoire (Walker, 1980 ; Le Houérou, 1980a)

Ingestion des nutriments:  La consommation volontaire des rations a augmenté avec l’intégration des feuilles de ligneux fourragers. Cette augmentation s’expliquerait par une stimulation de la consommation volontaire des animaux grâce à l’intégration des feuilles de ligneux fourragers. En effet, les teneurs en protéines brutes des feuilles généralement supérieures aux besoins des microbes du rumen permettent un bon fonctionnement du rumen et stimulent la consommation volontaire. Il est connu que dans les tropiques, les ruminants ont besoin d’une teneur en protéine brute de 7% MS dans la ration pour satisfaire leurs besoins d’entretien (Tendonkeng et al., 2010). Les rations contenant les feuilles fraiches de F. sycomorus et de K. senegalensis ont eu une teneur en MAT supérieure aux 7% MS requises pour un bon fonctionnement du tube digestif et l’entretien des animaux.

Digestibilité des différentes rations utilisées : L’incorporation des feuilles de F. sycomorus et de K. Senegalensis a entrainé une amélioration de la digestibilité de la MS des rations étudiées. Cela est en accord avec les données de la littérature qui montre que grâce à la teneur élevée des MAT des ligneux fourragers, leur incorporation dans les rations permet une meilleure digestion microbienne des matières cellulosiques dans le rumen (Klein et al., 2013). Malgré une ingestion élevée des protéines brutes grâce à l’ajout des feuilles fraiches de F. sycomorus, une amélioration de la digestibilité des protéines des rations les contenant, n’a pas été notée. La faible digestibilité des protéines avec l’incorporation des feuilles de F. sycomorus, indique une faible biodégradabilité des protéines de ces feuilles qui serait due à la présence de facteurs biochimiques tels que les tanins condensés. En effet, les tanins condensés sont des polyphénols, qui, à des concentrations élevées, peuvent former des complexes tanins-protéines indigestes dans le rumen mais aussi dans la caillette, réduisant la dégradation et la digestibilité protéique (Arrigo & Scharenberg, 2010 ; Besharati et al., 2022). La teneur en tanins des feuilles de F. sycomorus (6,9% MS) rapportée par Traoré et al. (2025) est supérieure à la limite tolérable (< 4% MS) par les ruminants (Mekuriaw et al., 2024).. La valeur nutritive des ligneux fourragers riches en tanins peut être améliorée par l’utilisation de polyethylene glycol (PEG)) proposé par plusieurs auteurs (Ben Salem et al.. 2000 ; Palmer & Jones, 2000). L’incorporation des feuilles de F. sycomorus s’est accompagnée également par une diminution de la digestibilité des minéraux et des fibres. Ce résultat s’explique principalement par la présence de tanins. En effet, les composés secondaires tels que les tanins, les phytates, les oxalates et la lignine, forment des complexes insolubles avec les minéraux (calcium, phosphore, magnésium, zinc) et les fibres réduisant leur biodisponibilité et leur absorption intestinale (Klein et al., 2019). Par contre l’incorporation des feuilles fraiches de K. senegalensis dans les rations n’a pas eu d’effet réducteur sur la digestibilité des protéines brutes. La teneur en tanin des feuilles de K. senegalensis utilisées dans notre étude semble avoir eu un effet bénéfique sur l’utilisation des protéines. Cela s’expliquerait par le fait que la teneur en tanins des feuilles fraiches de K. senegalensis n’a pas été suffisante pour entrainer une baisse de la digestibilité de ce nutriment. Selon certains auteurs, l’effet bénéfique, négatif ou indifférent des tanins est lié à la quantité de tanins administrée (Patra & Saxena, 2011). Ces observations se confirment avec les résultats d’analyses faites sur ces espèces montrant des teneurs assez faibles en tanins condensés (0,7% MS) pour les feuilles de K. senegalensis récoltées dans la zone de l’étude (Traoré et al., 2025). La bonne digestibilité des nutriments des feuilles fraiches de K. senegalensis pourrait justifier leur utilisation pour une complémentation protéique des fourrages pauvres. La faible digestibilité de la ration à foin de P. pedicellatum comparativement à celles aux feuilles de ligneux fourragers serait liée à l’effet d’encombrement qui a été plus important pour ce foin que pour les feuilles des ligneux fourragers de l’étude (Klein et al., 2019).

 

 

CONCLUSION ET APPLICATION DES RÉSULTATS

 

Les fourrages ligneux sont depuis longtemps utilisés dans la nutrition des ruminants notamment pendant la période de pénurie alimentaire des saisons sèches. Au terme de cette étude, il ressort que les feuilles fraiches de F. sycomorus et de K. senegalensis sont de bons compléments au foin d’herbacé généralement pauvre en azote. Leur intégration permet de stimuler la consommation volontaire des animaux. L’incorporation des feuilles fraiches de K. senegalensis dans la ration a permis d’augmenter le nveau de l’ingestion volontaire. L’incorporation de feuilles fraîches de F. sycomorus dans les rations a stimulé la consommation volontaire, mais entraîné une baisse de la digestibilité des protéines due aux tanins condensés. Face à ce compromis, il convient d’optimiser leur usage en réduisant le taux d’incorporation ou en appliquant des traitements anti-tanins. Comme stratégies d’optimisation, nous préconisons de limiter la proportion de matière sèche totale à moins de 30 % afin de préserver la digestibilité des protéines brutes, de recourir à des pré‑traitements physiques tels que le fanage au soleil ou le séchage à l’ombre pour réduire les teneurs en tanins condensés, et d’envisager l’utilisation d’additifs chimiques comme le polyéthylène glycol (PEG), capable de lier et d’inactiver sélectivement les tanins, améliorant ainsi la digestibilité protéique.

 

 

REMERCIEMENTS

 

Nous exprimons notre gratitude à l’Union européenne pour le soutien financier dans le cadre du programme Horizon 2020 (H2020‑SFS‑2019‑2), projet SustainSahel (numéro 861974).

 

 

 

 

REFRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

 

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